LES ÉDITOS

Remettre la France en mouvement

8 mars 2011

Près d’un Français sur quatre serait prêt à voter Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle. Au-delà de toutes les nuances et de toutes les relativités, voilà l’enseignement des sondages publiés dimanche dernier, puis ce mardi matin, par Le Parisien. Et ce chiffre révèle une crise profonde de notre démocratie, en même temps qu’il constitue un avertissement pour chacune de nos consciences.

La démocratie française est très profondément malade. Quand 56% des Français ne font confiance ni à la droite ni à la gauche pour résoudre leurs problèmes (sondage Cevipof, février 2011), s’installent, logiquement, inexorablement, les réflexes de la peur, du découragement, de la lassitude et de l’exaspération. Ceux-ci viennent s’ajouter à la réalité d’une crise très douloureuse qui produit une profonde souffrance sociale. Les populismes et les extrémismes exploitent ce désespoir qu’ils entretiennent avec cynisme.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

La responsabilité du Président de la République dans cette décadence de l’esprit public est écrasante, et il devra rendre des comptes. En multipliant les promesses non tenues, il a encouragé la spirale des fatalismes et des amertumes. En donnant toujours plus à ceux qui ont tout et toujours moins à ceux qui n’ont rien, il a renforcé le sentiment d’injustice. En enchaînant les débats inutiles et dangereux (l’an dernier « l’identité nationale », à présent « l’islam et la laïcité »), il a exacerbé toutes les tensions. En somme, il a divisé le pays qu’il avait pour mission de rassembler. Au lieu d’incarner l’unité nationale- ce qui aurait dû être l’essence de sa fonction-, il a dressé les unes contre les autres, les communautés, les générations, les classes sociales… Et voilà le résultat.

Mais le mal vient de plus loin. Sans prétendre exonérer Nicolas Sarkozy des très graves fautes qui ont contribué à cette crise politique et morale, personne ne peut oublier le 21 avril 2002. Il y a bientôt dix ans, la perte des repères, la division de la gauche faisaient entrer notre pays dans le doute et le désarroi. Nous n’en sommes pas sortis, et c’est précisément là le drame, c’est cette défiance qui s’installe dans la durée : la France n’avance plus. Elle est immobile, paralysée par une injustice sociale qui s’impose comme une norme, figée sur ses angoisses, repliée sur ses aigreurs, incapable d’aborder l’avenir. Les rêves de grandeur nationale ne se fondent plus que sur des nostalgies, et trop souvent le progressisme lui-même prend le langage des conservatismes. Le sens du mouvement a disparu.

Or comme le disait François Mitterrand quelques semaines avant la victoire de 1981, « tout est mouvement dans la vie ; l’eau croupit si elle ne coule pas, le muscle s’ankylose s’il ne bouge pas, l’intelligence s’use si elle ne s’exerce pas ». Une société qui ne progresse pas régresse mécaniquement. Tel est donc le devoir de la gauche, à l’aube de cette année présidentielle. Il faudra, bien sûr, redonner de la dignité à la vie démocratique. Il faudra, évidemment, restituer la crédibilité de la parole publique. Mais avant tout, l’urgence sera de savoir, à nouveau, incarner le mouvement, c’est-à-dire vaincre les craintes. Et pour cela une clef, une seule : restaurer la confiance, ce qui ne se fera pas sans esprit de justice. La société française a peur, et qu’est-ce qu’avoir peur sinon douter de soi-même ?

Redonner confiance à la France dans ses propres chances, dans ses propres richesses, dans sa capacité d’aller de l’avant, cela commencera par la restauration de l’unité d’un pays à présent morcelé. Aux socialistes, dès à présent, dans leurs discours, dans leurs actes, et dans leur pratique démocratique, de recréer le sens de la communauté nationale, du destin collectif. Une nation ne se conçoit pas sans la fierté d’avoir accompli de grandes choses ensemble, sans le désir ardent d’en réaliser de nouvelles, et sans l’ouverture accueillante et généreuse sur le monde. Tel est l’impératif politique et moral de la gauche, pour remettre la France en mouvement.
Bertand Delanoë

4 commentaires à “Remettre la France en mouvement”

  1. Alain le Garrec dit :

    OUI, mais en attendant les candidatures il nous faut nous exprimer en propositions, en débats, en exemples, je crois que notre silence relatif mais assez réel, donne l’impression que nous sommes dans la même atonie que la Droite.

  2. Eric Bacher dit :

    Qu’est-ce qui vous affole au point qu’après avoir fait cadeau du réel au Front national, vous vous apprêtiez à lui offrir le monopole du débat ? Peut-être faut-il admettre que si tous les hommes sont égaux, certains nous sont plus étrangers que d’autres.
    A quoi sert-il de constater, avec toutes les réserves d’usage, le rapport ténu entre immigration, échec de l’intégration et incivilité, quand on bat des records d’Europe en matière d’accueil des étrangers et qu’on s’en félicite ?

  3. majdi jeljeli dit :

    je crois vraiment que le parti socialiste doit etre une véritable force de proposition pour répondre aux interrogations des français. Je trouve personnellement que ce n est pas le cas .
    La sécurité ne doit pas etre le monopole de la droite !

    Je pense aussi que cette histoire de primaire plombe vraiment le parti socialiste.

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