LES ÉDITOS

Remaniement

16 novembre 2010



Remanier : « changer complètement la composition de… ».
La définition du Petit Larousse est limpide. Ce qui se passe à la tête de l’Etat beaucoup moins. Car ce remaniement annoncé depuis plusieurs mois est révélateur d’une crise de gouvernance particulièrement préoccupante. Loin de moi l’intention de commenter les choix, la qualité des personnes ou les rapports de force internes à la droite. Cela n’est guère passionnant en vérité. L’essentiel est ailleurs : les Français. Ils avaient exprimé un message clair pendant les élections Régionales, pour la solidarité, la justice sociale et la performance de nos services publics. Ils l’ont pleinement confirmé lors d’un mouvement social profond sur les retraites. Or, Nicolas Sarkozy leur adresse une fin de non recevoir. Il ne les entend pas.


Mais peut-être ne s’entend-il plus lui-même, semblant avoir mis en scène sa propre impuissance. Car que sont devenus les orientations qu’il définissait en mars dernier, dans un grand entretien accordé au Figaro Magazine ? Il n’est pas inutile de rappeler ici certains de ses propos. L’ouverture ? « Elle permet de faire avancer les réformes sans crispation, dans un climat apaisé et serein (…) Le gouvernement exclusivement chiraquien de 1995 a-t-il évité la désillusion de 1997 ? ». Son rôle de Président ? « Apaiser pour pouvoir réformer ». Sa stratégie économique ? « Je ne crois pas à une politique de rigueur qui n’a jamais fonctionné ». Le chômage ? « Dans le courant de l’année 2010, le chômage va diminuer » : chacun le sait, il a en réalité augmenté de près de 4% entre le deuxième semestre 2009 et le deuxième semestre de cette année…


Conclusion, inédite sous la Vème République : ce remaniement est un repli. Celui d’un Chef de l’Etat qui n’a plus les moyens de donner un débouché à ses propres intentions ; plus les moyens d’imposer ses choix ; à commencer par l’identité même de son premier ministre.
Dès lors, la question se pose : qui dirige vraiment la France ? Est-ce d’ailleurs un homme, une équipe ou un parti politique ? Sur la base de quels arbitrages identifiés, puisque les axes définis par Nicolas Sarkozy il y a huit mois, sont balayés aujourd’hui par le même, à la faveur de ce remaniement ?


A l’heure où la France a besoin de clarté et de repères, au moment où notre démocratie doit pouvoir s’épanouir autour d’une confrontation saine, fondée sur les idées, c’est la confusion qui règne au sommet. Ce sentiment, dissimulé derrière un ballet dominical un peu indigne, ne rassurera pas nos concitoyens. Car ils sentent bien que l’énergie narcissique dépensée par ce pouvoir, relègue plus que jamais au second plan le traitement urgent des vrais enjeux, du logement à l’emploi, en passant par la solidarité, la sécurité ou le défi environnemental.


Bertrand Delanoë

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