LES ÉDITOS

Penser à Lal Mohamad

11 septembre 2009

Terrible article dans le Figaro. Le 20 août 2009, à 9 heures du matin, un paysan afghan de 55 ans, après avoir travaillé quatre heures dans son champ, entreprend une longue marche, à travers un sentier abrupt, pour aller voter. Il n’est pas très instruit, il ne sait pas lire, et il ne s’est jamais réellement mêlé de politique. Il sait que les talibans ont menacé de mort ou de mutilation ceux qui se rendraient aux urnes. Mais il y va parce que, dans un pays qui n’a connu que l’humiliation de la tyrannie et le chantage de la brutalité, le pouvoir de glisser dans l’urne un bulletin secret, c’est l’image même de la vie qui reprend ses droits.
Sur le chemin, trois combattants islamistes l’arrêtent, et quand ils trouvent sur lui sa carte d’électeur, ils le rouent de coups et lui tranchent au poignard les oreilles et le nez.
« Si j’avais su qu’il m’arriverait cela, bien sûr que je ne serais jamais allé voter. Mais la tentation était trop forte : moi, pauvre agriculteur, participer au choix du nouveau chef du pays ! ». La « tentation de la démocratie » : belle expression dont l’auteur, atteint dans sa chair, devient le symbole d’un combat essentiel.
Penser à Lal Mohamad, c’est se rappeler que la liberté est un combat quotidien et que le moindre répit, la moindre faiblesse, le moindre silence sont des capitulations.
Penser à Lal Mohamad, c’est songer aux millions d’Afghans qui sont allés voter, bravant le danger, pour accomplir un geste qui nous paraît, à nous autres Européens, si évident, si banal, qu’on en oublierait presque le caractère sacré. Penser à lui, aussi, à l’heure où tant de citoyens renoncent délibérément à exprimer leur choix. Que ce soit par colère, par lassitude, par découragement, ou plus simplement par désinvolture, tout se passe comme si « habitués » à la démocratie, ils en avaient oublié la fragilité.
Penser à Lal Mohamad, quand nos nations cessent de puiser en elles-mêmes les moyens de se revivifier, de nourrir sans cesse leur propre vigilance et de veiller au respect des règles qui organisent notre vie collective, au nom de l’éthique et de la vérité, qui sont l’essence même de tout processus démocratique.

Penser à Lal Mohamad, et garder les yeux grand ouverts…

Un commentaire à “Penser à Lal Mohamad”

  1. Harry Haller dit :

    Après le parent excédé par son enfant rechignant à manger : “Pense aux malheureux qui meurent de faim”, on a droit au politique qui excédé par l’électeur renonçant à aller voter lui dit: “pense aux malheureux qui meurent de manque de liberté.”
    Peut être que le parent n’a pas su résister à offrir à l’enfant des sucreries, lui a proposé au repas un truc insipide et immangeable, non ? Peut-être que si l’électeur n’était pas gavé de belle promesses démago, il ne repousserait pas tout ce que les politiques lui proposent !

    Ceux qui ont les yeux grands ouverts sont plus nombreux que vous ne semblez le croire ! Je sais reconnaître le courage quand je le vois. Alors oui ! Il faut penser à Lal Mohamad. Et aussi à Loubna Hussein qui a abandonné son poste à l’ONU et donc son immunité diplomatique pour faire connaître son combat pour le droit des femmes au Soudan. Et je me garderais bien, pour ma part, de faire un parallèle simpliste entre son courage de cette femme et celui de nos politiques.

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