LES ÉDITOS

Message d’outre Atlantique

13 septembre 2010



Barack Obama a présenté la semaine dernière son nouveau plan de relance destiné à booster l’économie américaine. Ses priorités sont claires et parfaitement ciblées : favoriser la construction massive d’infrastructures (routes, voies ferrées) pour moderniser le pays, et mobiliser à travers ces grands travaux, une main d’œuvre fortement touchée par le chômage. Deuxième axe de ce plan : mettre le paquet sur les énergies renouvelables et l’économie « verte », dont l’administration Obama considère qu’elle constitue un formidable gisement d’emplois. Au total, ce sont plus de 150 milliards de dollars qui vont être injectés au service d’une telle dynamique. Particularité de ce dispositif : il sera, pour l’essentiel, financé par la suppression des niches fiscales créées sous l’ère Bush et qui profitent principalement aux plus aisés. Le président américain a d’ailleurs justifié sa démarche en rappelant que « les économistes ne pensent pas que ces allègements d’impôts pour les plus riches font beaucoup pour l’économie ».


Le message, malheureusement, n’a pas vraiment traversé l’Atlantique. En France, quelques jours avant l’examen de la loi de Finances 2011 en Conseil des ministres, le « rabotage » des niches fiscales est certes à l’ordre du jour, mais avec pour objectif, de récupérer 500 millions d’euros. Ce qui fait dire à Gilles Garrez, rapporteur UMP du budget à l’Assemblée, que ce rabot ressemble surtout à une « lime à ongles ». On le comprend. Car, faut-il le rappeler, c’est ce même pouvoir qui depuis 2002 a créé près de 70 niches nouvelles, pour un coût global de 25 milliards d’euros…


En outre, quelles sont les dépenses fiscales remises en cause dans la stratégie du gouvernement ? Le paquet fiscal ? Pas du tout. Les réductions de TVA dans la restauration ? Pas davantage. C’est la fiscalité écologique qui est principalement visée : crédits d’impôts pour l’isolation des bâtiments, l’installation de chaudières propres ou création de systèmes photovoltaïques. Autant de secteurs d’activités à la fois décisifs sur le plan environnemental et porteurs sur le plan économique. Nicolas Sarkozy semblait d’ailleurs lui-même en être convaincu, puisque dans son discours sur le Grenelle, le 25 octobre 2007 (trois ans déjà, des années lumière dans la culture de ce pouvoir !) il qualifiait ces priorités « d’investissement le plus rentable que nous pouvons faire aujourd’hui ».


Une reculade de plus. Qui confirme l’absence de vision, de convictions, de constance.
Rappel aggravant : ce discours fut prononcé devant un parterre international. Sous les yeux de personnalités éminentes (Wangari Maathai et Al Gore, tous deux Prix Nobel de la Paix étaient notamment présents) le Président de la République engageait la parole de la France en des termes moyennement humbles : « Notre ambition n’est pas d’être aussi médiocres que les autres sur les objectifs, ce n’est pas d’être dans la moyenne. Notre ambition, c’est d’être en avance, d’être exemplaires ». La suite, on la connaît. Et le « rabotage » annoncé aujourd’hui, ou plutôt ses cibles, viennent confirmer un renoncement coupable, néfaste pour notre économie et irresponsable à l’égard des générations futures.



Bertrand Delanoë

Un commentaire à “Message d’outre Atlantique”

  1. Exploser dit :

    Euh… À propos d’impôts, j’aimerais bien que vous m’expliquiez comment et pourquoi ma taxe foncière est passée en deux ans de 237 à 340 euros, soit 43, 5 % d’augmentation. Même sur deux mandatures, ça fait quand même une augmentation énorme. Surtout qu’il n’y a pratiquement pas eu d’inflation sur cette période. Et qu’en plus, j’ai lu quelque part que dans le même temps la dette de la ville a été doublée.
    Est-ce parce que vous gérez moins bien notre argent que le brigand qui vous a précédé au poste de maire de Paris, ou est-ce que la mairie fait beaucoup plus de choses qu’avant, nécessitant plus d’argent ? Mais dans ce cas, faudrait quand même savoir se limiter. Bref, j’espère lire bientôt vos explications.

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