LES ÉDITOS

Les combats de la gauche…

12 octobre 2009

Combattre la droite avec pertinence. Concentrer notre énergie sur tous ces sujets où la politique du gouvernement crée, chaque jour, un peu plus d’injustice. Voilà l’enjeu pour la gauche. Viser juste, dénoncer, offrir des repères et proposer, toujours.
Quand l’actualité dessine des pistes…

Sur l’emploi d’abord, défi prioritaire de la société française. Je me suis exprimé récemment sur la situation très inquiétante du Pôle Emploi. Car dans un contexte de hausse continue du chômage, l’outil est décisif pour l’orientation, la formation et le suivi des personnes. Seulement voilà, depuis sa réforme de janvier dernier – si mal conduite – les nuages s’accumulent : personnels débordés, climat interne délétère, retard dans les prestations proposées aux chômeurs. Sa direction vient d’annoncer la mise en place d’une concertation avec les organisations syndicales. Tant mieux. La détérioration des conditions de travail de ses agents nécessite en effet une prise de conscience. D’une autre ampleur. Car les témoignages recueillis sur ce site traduisent à la fois une forme de désarroi mais aussi d’accablement face à l’indifférence du pouvoir. Celui-ci se déconsidérerait-il en appliquant la mesure simple que j’ai proposée ? Commander une enquête parlementaire ou un audit, pour identifier les « ratés » de la réforme et les corriger, en profondeur. Ce combat est emblématique. Un combat pour l’avenir même du service public de l’emploi. La gauche ne doit pas lâcher, demeurer solidaire des personnels de Pôle Emploi, et dépasser l’obstination absurde du gouvernement.

Le combat de la gauche, c’est aussi celui de la santé publique. L’exemple récent de Valréas est très révélateur. Dans la maternité de cette petite commune du Vaucluse, 350 femmes accouchent chaque année. La disparition de cet établissement était pourtant programmée, sur décision de l’Etat. Ainsi, la future maman devrait désormais effectuer au moins 40 kilomètres pour mettre son bébé au monde, à Orange, Montélimar ou Avignon. Or, le tribunal administratif vient d’ordonner sa réouverture. Qu’il faille, dans certains cas, fermer des établissements, pour des raisons sanitaires ou de sécurité, soit. Mais dans le cas présent, seul, un critère de rentabilité semblait avoir prévalu. Là encore, la gauche fait face à un défi majeur : réhabiliter l’idée même de service public de la santé. Car avec sa loi « Hôpital, patients, santé, et territoire », le pouvoir fait la part belle à la stricte logique du marché. Avec le passage du forfait hospitalier de 16 à 20 euros, il introduit une inégalité à la fois sociale et territoriale.
Comme le souligne très justement sur ce site le professeur André Grimaldi, du service de diabétologie de la Pitié-Salpêtrière : « Au moment où le président Obama a le plus grand mal à réformer le système américain, incroyablement coûteux (16 % du PIB)  catastrophiquement inégalitaire (47 à 50 millions d’américains sans couverture médicale) et peu performant (résultats médiocres sur les indices de mortalité infantile, espérance de vie, complications graves des maladies chroniques), les gouvernants français décident de faire un pas vers l’américanisation de notre système de soins ».


Constat éclairant où se mêlent ambition sociale et combat pour des valeurs.

Oui, le combat de la gauche, c’est aussi celui des valeurs. Dans quelle société voulons-nous vivre ? Et que faisons-nous de l’héritage idéologique et philosophique qui a forgé l’histoire de la France ? Cette question, le soldat Guissé doit se la poser aujourd’hui. Ounoussou Guissé est Français. Engagé depuis 2002 au 1er régiment de hussards parachutistes de Tarbes. Son père réside en France en 1960, lorsque le Sénégal devient indépendant. Conformément à ce que prévoit alors la loi, il choisit la nationalité de notre pays. Ses enfants seront donc également français, bien que nés au Sénégal. C’est cette réalité, ce droit, qui est aujourd’hui remis en cause, par une nouvelle « interprétation » des textes.
En résumé, le soldat Guissé est bon pour le service quand il s’agit de risquer sa vie au Tchad ou en Afghanistan, mais indigne de porter la citoyenneté française. Pour son avocate, « en quelque sorte, la France dit à ses ressortissants qu’elle s’est trompée en 1960 et qu’on va maintenant retirer la nationalité à leurs enfants… » (Libé – 12 octobre). Insupportable message de la part de notre pays à l’un des ses propres enfants. L’affaire est mise en délibéré au 18 novembre. Livrera-t-elle une issue qui serait alors un véritable déshonneur pour les idéaux de notre République ? Et qu’inspire au ministère « de l’Immigration et de l’Identité Nationale », l’hypothèse même de cette rétroactivité au parfum xénophobe ? A nous, de la honte, et même une forme de dégoût.

4 commentaires à “Les combats de la gauche…”

  1. Deniz dit :

    Cher camarade,

    Loin de moins l’idée de minimiser les réflexions sur l’avenir du PS et plus généralement de la gauche. Si l’on prend les choses pour ce qu’elles sont, et uniquement ce qu’elles sont, on reconnaitra volontiers qu’il se passe des choses importantes ailleurs aussi.

    J’ai pris l’habitude de défendre la candidature de la Turquie au sein de l’Union européenne. Chaque fois que j’ai pu m’exprimer sur le sujet (en section et ailleurs), j’ai rappelé les exigences que nous devions avoir envers elle (génocide arménien, Chypre, droits fondamentaux, etc.), mais aussi les bénéfices que la Turquie et les turcs d’une part, mais aussi l’Europe et les européens d’autre part, pouvaient tirer d’une telle adhésion.

    Les lignes bougent aussi, ailleurs qu’au PS, et dans des proportions inimaginables il y a encore si peu de temps.

    Le rapprochement orchestré entre la Turquie et l’Arménie samedi 10 octobre est une avancée importante pour les deux pays. Il est en grande partie le fruit de la perspective d’adhésion de la Turquie dans l’UE, et ce, même si la population turque se lasse chaque jour un peu plus des obstacles rencontrés. Certes, nous n’en sommes qu’au début et le chemin vers la normalisation des relations entre la Turquie et l’Arménie n’est pas sans embûche. Je ne me cache pas derrière mon petit doigt, la hache de guerre est loin encore, hélas, d’être enterrée.

    Mais c’est cet objectif que les démocrates de tous les pays concernés doivent garder à l’esprit, poursuivre les efforts pour régler presque un siecle de conflit, dont on trouve trace jusque chez nous. Ce genre d’accord (et la diplomatie au sens noble plus généralement), ou encore la visite des chefs d’Etat des deux pays à l’occasion de match de football sont autrement plus constructifs qu’une loi votée à la volée à l’Assemblée nationale.

    J’avoue que je n’ai pas entendu, ni lu nos grands élus s’exprimer sur le sujet. Leur réaction a très certainement du m’échapper. Mais je suggère aux camarades que nous sommes de ne pas minimiser les effets d’un tel accord. Au delà du regard interne à la France (et des des effets sur les électorats respectifs), il me semble que le PS et ses dirigeants, globalement, ne développent plus la même energie pour les questions étrangères et diplomatiques que pour les luttes internes. Je le regrette et j’espère me tromper pour l’avenir…

    Amitiés socialistes et européennes

    Deniz

  2. MiniMarch' dit :

    “Combattre la Droite avec pertinence.”

    Pourquoi vouloir résumer les projets de la Gauche à “simplement” combattre la droite ?

    Il y a de grands chantiers sociaux, économiques, diplomatiques, … sur lesquels travailler. Vous en avez exposé quelques uns (en surfant peut être un peu trop sur la vague médiatique), Deniz en évoque un autre.

    En travaillant sur ces différents chantiers, en les faisant avancer, en y appliquant les valeurs de la Gauche, vous vous crédibiliserez d’autant auprès des Français, et ne rallierez pas seulement ceux qui veulent descendre l’autre parti.

    Prenez de l’avance. Cherchez les chantiers et mettez-les en avant, plutôt que de rebondir sur ceux proposés dans les médias.

    Combattre la Droite n’est pas une fin en soi. Et heureusement ! Quid de la Gauche si la Droite disparaît ?

    Faire avancer les choses en est une. Et une fois le train en marche, advienne que pourra pour la Droite…

    Amicalement,
    MiniMarch’

  3. erikm dit :

    ça suffit !

    Mr Delanoe, nous assistons depuis le début de ce mois d’Octobre à un déferlement d’attaques nauséabondes envers les personnes….un coup sur Mitterrand un autre sur le fils Sarkozy … à qui le tour la semaine prochaine ?
    Est ce que la nouvelle politique du PS est l’inquisition et de faire le procès des femmes et hommes politiques ? est-ce l’ambition de la relève et des quadras (plus devastateurs et inaudibles que leurs ainés) ?
    Il n’y a bien plus que vous qui évoquez les problèmes qui nous occupent et nous préoccupent.
    le Problème n’est pas la compétence (ou l’inverse) du fils sarkozy qui serait due à une certaine jeunesse… ou un certain népotisme dont les Français se foutent à l’heure actuelle (si on se réfère à l’histoire récente, personne n’a à donner de leçons sur ce sujet……)
    Si la fille de Mr Delors (!) n’est pas capable de tenir ses troupes pour les amener à reflerchir sur l’avenir et à proposer des orientations crédibles pour un projet de gouvernement QU ELLE S EN AILLE regler ses problèmes de gestion financière de l’agglomération Lilloise…. dans sa mairie de Lille

    Je crains que toute cette agitation inutile ne s’arrange pour les mois à venir.
    Bon courage…et bonne continuation…(dans ce panier de crabes)
    moi je préfère changer de navire tant le parti socialiste prend l’eau…. je préfere aller voguer du côté des verts et pourquoi pas du modem (qui évitent eux de tomber dans le populisme nauséabond actuel pour s’occuper des vrai sujets)

  4. FMOMA dit :

    Bertrand,

    Je suis un sympathisant de gauche, j’adhère à votre analyse à un point près : la classe politique dans son ensemble est responsable de cette situation aussi bien droite que gauche… en nous le Peuple vous avons donné mandat pour se faire : L’Europe dans laquelle nous vivons détruit méthodiquement toute idée de service publique à la française. La logique comptable dans laquelle est coulée la pensée européenne fait sauter un par un les piliers de ce qui faisiat le service publique français, il n’y a rien qu’à voir le comment et le pourquoi de l’ouverture du capital de La Poste pour s’en convaincre. Souvenons nous de EDF, GDF, FT (premier démembrement des PTT d’antant)
    Bref, on peut toujours pleurer sur ce qui nous arrive mais nous l’avons laissé faire.
    Quant aux valeurs dont il est question dans cet éditorial, j’ai envie d’en rire.

    La première valeur de gauche c’est le respect de la voix du Peuple. Jusqu’à preuve du contraire, il n’est pas d’autre souverain en France que le Peuple. Or, quand il s’est agit de faire adopter le traité de Lisbonne, je n’ai pas entendu beaucoup de voix rappeler le principe que ce que le Peuple a lié, seul le Peuple peut le délier. On a préféré une procédure certes légale mais particulièrement antidémocratique en tout cas en porte à faux avec les valeurs dans lesquelles tu essayes de te draper aujourd’hui.

    Nous savons que nous allons collectivement dans le mur à grande vitesse, mais la gauche est incapable (pour ne pas dire qu’elle ne veut pas) pour le moment d’arrêter cette course folle tant qu’elle reniera d’elle même ses propres valeurs et qu’elle acceptera de faire de la France une fille aînée de l’Europe soumise et sans caractère.
    Le jour où un dirigeant socialiste sera capable de nous parler de la France à la manière d’un Ferrat, le jour où un dirigeant socialiste sera capable de ne pas céder face au pouvoir de l’argent, l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui ruine et qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes… comme disait l’Autre.
    Ce jour là oui j’y croirai.

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