LES ÉDITOS

Les choix du gouvernement, facteurs aggravants de la crise

1 juin 2010



Bien sûr, chacun le sait, la crise a creusé les déficits de tous les pays de la zone euro ainsi qu’aux Etats-Unis, dans des proportions spectaculaires.
La France n’y échappe pas.


Pourtant, il y a quelque chose de fondamentalement malhonnête dans l’attitude du gouvernement qui aujourd’hui dégaine sans cesse cet argument de « la crise » pour justifier tous ses échecs et légitimer l’injustice récurrente de sa politique. Récemment encore, alors qu’on lui rappelait l’engagement de Nicolas Sarkozy – archive audio à l’appui – de ne pas remettre en cause l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans, le ministre du budget n’a pas hésité : « oui, mais entre temps, il y a eu la crise ! »…
Quand « la crise » est donc censée expliquer les reniements les plus énormes, un bref rappel chronologique des faits peut être utile. Car voilà, dans notre pays, le déficit et la dette avaient commencé à se creuser de manière irresponsable bien avant les premiers signes de la récession. Pire encore : depuis 2002, les majorités UMP qui se sont succédé n’ont pas creusé ces déficits pour davantage d’investissements ou de solidarité, mais pour réduire les impôts de catégories sociales déjà très favorisées.


Ainsi, en neuf ans, ces réductions ont atteint 3 % de notre PIB, soit environ 60 milliards d’euros par an qui pèsent pour près de 40 % de notre déficit actuel ! Ces mesures fiscales étaient elles justes socialement ? Justes le paquet fiscal, les exonérations de droits sur les grosses successions ? Juste la création de 64 nouvelles niches fiscales ou la baisse de la TVA dans la restauration, qui n’a créé ni pouvoir d’achat, ni emplois ?


Car, et c’est le deuxième constat, ces mesures ont démontré leur inefficacité économique. Dans l’absolu, décider de diminuer les impôts peut faire sens, si l’effet se traduit par une activité économique relancée et, indirectement, des rentrées fiscales. La gauche par exemple, soutient le principe d’un allègement des charges des entreprises qui réinvestissent une part de leurs bénéfices, et une hausse pour celles qui se contentent de les redistribuer.


Or, aucune des dispositions clientélistes voulues par le gouvernement n’a contribué au moindre point de croissance. A l’inverse, leur financement n’a été rendu possible que par un endettement constant.
« La crise » donc, certes. Mais la responsabilité propre de ce gouvernement est évidente dans l’aggravation des choses.


Résultat : oui, il est urgent de réduire notre déficit et notre niveau d’endettement. Comment le faire ? La réponse du gouvernement est édifiante : refus intransigeant de revenir sur ses avantages fiscaux ciblés mais engagement – improbable – de faire baisser les dépenses publiques de 100 Milliards d’euros en trois ans. Stratégie aussi déséquilibrée qu’illusoire qui là encore est surtout très dangereuse économiquement. Car concrètement, les 100 milliards en question, ce sont de nouvelles coupes massives dans les effectifs d’infirmières, d’enseignants ou de policiers, et des moyens rognés, notamment ceux de collectivités territoriales (qui assument pourtant les deux tiers de l’investissement public en France). Terrible erreur qui risque de tuer la croissance. Nous mourrons guéris, comme le dit Joseph Stiglitz.


Pour assainir nos finances publiques, il faut reconstituer nos marges par une réforme fiscale d’envergure, remettant d’abord en cause les cadeaux fiscaux consentis depuis 2002. Il faut également assumer des économies sur la base d’un partage équitable de l’effort et d’une démarche progressive. En outre, une vraie stratégie de croissance implique également une stratégie d’investissement comme le font les collectivités locales. Rien dans le dispositif gouvernemental actuel ne répond à une telle préoccupation.



Bertrand Delanoë

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