LES ÉDITOS

La France en dépression

25 octobre 2010



Des jeunes dans la rue ! Face à ce constat qui semble l’effrayer, le pouvoir a d’abord donné dans un registre condescendant : en gros, la jeunesse n’a pas à se préoccuper de cette réforme et plutôt que de batifoler, elle ferait mieux de retourner en cours. Les actes condamnables et à vrai dire consternants des « casseurs », l’ont ensuite conduit à durcir le ton et à privilégier la logique de l’amalgame : un jeune dehors est décidément un jeune dangereux.
Autant d’aveuglement et de mauvaise foi de la part du chef de l’Etat sont profondément inquiétants. Car comment ne pas voir qu’au-delà de l’hostilité affichée par les Français à son projet de réforme des retraites – y compris celle des jeunes qui ont parfaitement le droit de s’en préoccuper – la crise actuelle révèle un mal plus profond encore ? A vrai dire, on peut tirer trois enseignements de cette séquence dont nul ne doit sous estimer la gravité.


– La France est plus que jamais en dépression. Son corps social est las de la brutalité et de la morgue qui caractérisent le mode de gouvernance actuel. Et que l’explosion survienne à la faveur d’un débat tronqué sur ce projet pourtant emblématique, ne doit rien au hasard. Car depuis plusieurs semaines, ce sont bien les « cibles » privilégiées de la politique gouvernementale qui de fait, sont placées en première ligne. Les plus modestes, les salariés entrés jeunes sur le marché du travail, mais qui seront les principales victimes de ce texte aussi bancal qu’injuste ; les syndicats dont la force propositionnelle et l’extrême esprit de responsabilité ont été à la mesure de l’intransigeance du gouvernement ; l’opposition, vilipendée, caricaturée, traitée avec mépris par tous les porte-parole d’une « ligne officielle » qui ne supporte pas la contradiction. Et aujourd’hui « les jeunes », que leur jeunesse devrait sans doute réduire au silence.


– Cette jeunesse qui défile, c’est pourtant le symptôme d’une société qui semble peu à peu perdre tout contact avec son propre avenir. Affaiblissement de l’Ecole républicaine, précarité, chômage, crise du logement, les jeunes sont ceux qui éprouvent le plus durement chacun des maux de notre époque. Ce qu’ils expriment aujourd’hui, c’est une angoisse collective, un appel à des repères, une aspiration à davantage de solidarité et de perspectives. Un jeune dehors, ce peut être aussi, et malheureusement, un pays qui renonce à ses propres devoirs.


– Mais ce pouvoir ne le voit pas, ne le comprend pas, ne s’en préoccupe pas. Quand, au cœur de cette période si sensible, il lance un ballon d’essai sur une éventuelle suppression de l’ISF, c’est son cynisme qui, une fois encore, transparaît sans complexe. Et quand, au Sénat, il annonce un « débat national » pour 2013, sur une « réforme systémique » de nos retraites, il avoue implicitement l’inefficacité de son projet avant même son adoption. Tout ça pour ça, a-t-on envie de dire. Cette posture inflexible, cette propagande jusqu’à la nausée, pour aboutir à quoi ? A un petit morceau de texte qui ne règlera rien. Mais, aux yeux du gouvernement, l’essentiel est ailleurs : une démonstration de force et d’autorité. Qui passe, sur ce sujet comme sur d’autres, par sa stratégie récurrente des antagonismes.

Gouverner en divisant. Diviser en déprimant. La France mérite mieux.


Bertrand Delanoë

3 commentaires à “La France en dépression”

  1. PASCAL HUMBERT dit :

    pour moi cet edito me déprime: tellement fait commun. En trois, cinq ou dix points, que faisons nous? où en est la crédibilité du projet? en fait quel est ton projet de rupture? Il nous faut une rupture par rapport à ce que l’on voit aujourd’hui incontestablement, mais aussi rupture par rapport à tous les programmes PS précédents.

    Unpetit point, le quadrillage sur un mail, cela le rend quasi illisible
    PH

  2. alain.siennat dit :

    Bravo pour votre excellente analyse de cette France pauvre en dépression !
    Ancien employé de France Telecom j’avais voté contre le changement de statut de
    cette grande entreprise d’état , j’avais voté aussi contre le traité de MAASTRICHT
    et contre une europe de la privatisation généralisée …
    Hélas nous constatons maintenant les conséquences désastreuses de ce choix
    politique d’un libéralisme à l’européenne que nous devons au choix de Mr Mitterand
    qui ne voulait que le rapprochement des peuples mais ne voyait pas le piège qui se refermait derrière lui …
    Devons nous faire une marche arrière avec un euro trop cher qui paralyse les ventes des entreprises et les condamnent à partir vers la chine ?
    Le temps semble venu de payer nos erreurs idéologiques politiques .
    L’astrologie nomme cette période difficile ” un transit de pluton dans le signe du capricorne , signe du pouvoir politique “… il semble qu’une période de purification
    du monde politique soit à l’ordre du destin depuis quelques mois … il était temps !
    Bien cordialement à vous et bon courage.

  3. alain siennat dit :

    Voilà une excellente analyse de l’état dépressif de la France des pauvres travailleurs … Jaurès revient nous aider !
    une europe libérale capitatiste est en train de tuer ton beau pays des droits des
    travailleurs , une europe qui est gouvernée par des nantis qui veulent privatiser
    tout ce qui vit depuis le traité de MAASTRICHT ! ( traité de ma trique en langage
    des oiseaux ! )

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