LES ÉDITOS

Incendie du boulevard Vincent Auriol : pour la mémoire et la dignité des victimes

10 mars 2011



Le 26 août 2005, dans le 13ème arrondissement de Paris, un incendie faisait dix sept morts – dont quatorze enfants de moins de dix ans. Ces familles d’origine africaine, qui vivaient toutes dans une situation de grande précarité, ont succombé à un enchaînement criminel de négligence et d’indifférence. Je me souviendrai de cette tragédie comme du moment le plus douloureux de mon mandat de maire. C’est, aujourd’hui encore, une blessure profonde dans la chair de notre ville.



Près de six ans après les faits, le procès s’ouvre… Mais dans quelles conditions ? Malgré une instruction si longue, les coupables de cet incendie volontaire ne sont pas sur le banc des accusés. Le procès, au total, est prévu pour durer une matinée et un après-midi. Et au bout de deux heures, consacrées à la lecture de l’ordonnance de renvoi, l’audience a été suspendue.


Je tiens simplement à m’associer à l’amertume et à la frustration exprimées par les parties civiles. On ne peut pas s’empêcher d’éprouver à leurs côtés le sentiment d’une certaine inégalité devant la justice, insupportable pour les proches des victimes. Un tel procès ne permettra ni de sanctionner les coupables, ni d’apaiser les familles. Et, surtout, si on le compare à d’autres affaires dramatiques – AZF, tunnel du Mont Blanc ou catastrophe aérienne du mont Saint Odile dont les audiences avaient duré plusieurs semaines, voire plusieurs mois – je m’inquiète de ce manque d’humanité.


Car si la justice cesse d’être humaine, elle cesse d’être juste- et alors elle n’est plus.


Bertrand Delanoë

4 commentaires à “Incendie du boulevard Vincent Auriol : pour la mémoire et la dignité des victimes”

  1. Alain le Garrec dit :

    J’ai eu cette réaction hier dans Libé…je crois qu’il faut que la Ville de Paris, le Maire de Paris mette son nez dans cette affaire. C’était sur son territoire avec des documents et des décisions de la Municipalité. Un représentant du Prefet,des élus siegent dans la commission de l’insalubrité.(j’ai participé à ces réunions…) C’est aussi notre honneur qui est en jeu pour que ces familles soient aidées et puissent toucher des indemnités qui ne compenseront pas la perte de 10 enfants.

  2. Petit dit :

    Mon Cher Bertrand

    Ce week end, alors qu’allait s’ouvrir le procés de Jacques Chirac, mes amis ont vigoureusement critiqué le fait que la Mairie de Paris ne soit plus partie civile dans le procés de notre ancien Président…(j’ai voté pour lui en 2002) Cette attitude n’est pas lisible par la majorité des personnes et de fait elle est difficilement explicable! Si l’on croit à la justice on doit y croire toujours , à celle qui répare comme à celle qui sanctionne! Alors pourquoi cet accord avec le prince des menteurs, pourquoi avoir accepté le deal. Il doit y avoir une raison, mais la raison est souvent faible et récupérer quelques euros, bien inutile au regard de la faute
    Bien cordialement et sincerement socialiste
    Mpetit

  3. Préfol michel dit :

    Je trouve bien venu et nécessaire que le maire de Paris apporte sa solidarité aux familles des victimes. Si j’apprécie d’habitude la façon sobre, ferme et non polémique de s’exprimer, de Delanoë, je trouve cette fois-ci son propos d’une compassion un peu molle. Jamais les mots “colère, inacceptable, scandaleux” ne sont employés.
    Bertrand, il faut savoir se mettre en colère quand c’est justifié.
    Bien cordialement.

  4. ISIS2011 dit :

    Il y a des évènements qui relèvent de l’ignominie dans les situations d’hébergements d’urgence d’extrême précarité et dont un partie du règlement est supporté par les aides de la CAF et de la collectivité, sans aucune contre-partie pour la sécurité des locataires et des propriétaires, en matière de droits.
    Alors ni l’amertume, ni la frustration, ni la colère etc. ne pourront venir à bout de l’injustice face à l’irréparable sans une volonté farouche de s’indigner au-delà des mots des maux. Rien n’empêche la Ville de Paris de se porter partie-civile pour la défense de ces personnes meurtries dans leur chair à jamais.

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