LES ÉDITOS

Et les Français, Monsieur le Président ?…

16 octobre 2009

Dans le Figaro, long entretien de Nicolas Sarkozy. Tel qu’en lui-même. Une dose d’autosatisfaction (à mi-mandat, tout va bien avec lui, là où ses prédécesseurs – même de Gaulle – étaient dans la nasse), un zest de suffisance (« nous allons entraîner le monde entier à prendre des engagements pour protéger l’avenir de la planète ») mais surtout, une déconnection palpable et inquiétante avec la société française. Aux questions de base, le président ne répond pas. Il louvoie, reformule et même dissimule a dessein. Par exemple, sur la candidature de son fils à la présidence de l’EPAD. Pourquoi ne pas le dire ? Oui, avec un conseil d’administration composé pour moitié de représentants de l’Etat, le pouvoir pèse directement sur l’issue de « l’élection ». Et pourquoi passer sous silence la deuxième étape programmée de cette opération : confier au jeune président les manettes d’un nouvel établissement public qui, de façon autoritaire, privera les élus de Nanterre de l’aménagement de près de 50% de leur territoire communal ?

Les élus. Dans cette interview, Nicolas Sarkozy ne les ménage guère. Péremptoire, il l’affirme d’ailleurs : « il va falloir que les collectivités corrigent leurs mauvaises habitudes ». Cynisme ou méconnaissance ? L’Etat doit 312 millions d’euros au contribuable parisien, refusant d’honorer par des transferts financiers prévus par la Constitution, les transferts de compétences opérés ces dernières années. Par exemple au titre du RMI. Monsieur le Président, que leur dit-on aux Rmistes : « L’Etat ne paye pas, donc, vous ne toucherez plus le Rmi » ? Non bien sûr. Donc, les collectivités assument et l’Etat se désengage. Mais il faudrait qu’elles « corrigent leurs mauvaises habitudes »… Le pouvoir, lui, semble peu enclin à corriger les siennes. Le déficit de l’Etat atteint le chiffre record de 140 milliards d’euros et son taux d’endettement sera, en 2010, de 80% du PIB. Réaction du Chef de l’Etat : nous réduisons les « dépenses publiques courantes », ce qui signifie, en langage clair, moins d’infirmières, d’enseignants ou de policiers. Mais, parallèlement, pour «  soutenir la croissance » l’engagement est pris : « je ne toucherai pas au bouclier fiscal ». Les chômeurs, les fonctionnaires et même les classes moyennes, apprécieront. D’autant que Nicolas Sarkozy promet également de ne pas « augmenter les impôts ». Il aide d’ailleurs les bénéficiaires du « bouclier » à en payer moins…

Autre confirmation : le grand emprunt. Autrement dit, la seconde phase – qui ne dit pas son nom – d’un plan de relance insuffisant. Là aussi, l’habillage présidentiel est subtil, ouvrant avec emphase des pistes tous azimuts, pour justifier cette nouvelle course à l’endettement. Car plus d’emprunt, c’est juste plus de dette et plus d’intérêt à rembourser pour chaque Français. Tous les ans, l’Etat emprunte déjà 150 milliards d’euros sur les marchés financiers. Alors, pour investir dans l’innovation, la recherche, ou les énergies alternatives, commençons par rompre avec nos pratiques actuelles. Par exemple, en renonçant à un bouclier absurde, ou en supprimant ces niches fiscales au secours desquelles les députés de l’UMP ont volé récemment.

Et les Français, monsieur le Président ? Le chômage qui galope, les jeunes à l’épreuve, le monde rural en révolte, Pôle Emploi qui explose, le doute, la souffrance sociale. Sont-ce là, vos réponses ? « Il n’est pas interdit de prendre un peu de recul » dites-vous. Mille fois d’accord ! Ce qui aurait du conduire – une fois n’est pas coutume – à renoncer au marketing, pour privilégier le fond.
Et le courage.

4 commentaires à “Et les Français, Monsieur le Président ?…”

  1. Asclepieia dit :

    La meilleure des réponses viendra des régionales. Il faut en tous cas l’espérer, même si nos amis verts jouent un peu contre leur camp en ce moment…

    Cet interview est effectivement proprement hallucinant (halluciné?). Autocentrisme, autocratisme, déconnexion de la réalité, tous les ingrédients de la Sarkozye sont là!

  2. ecd dit :

    @Asclepia: je n’espère paradoxalement qu’une chose, c’est que l’UMP gagne les régionales (non bien sur, mais bon, c’est un blog). Pourquoi ?
    Car c’est trop facile de voir le retrait de l’État au profit de cette connerie de “décentralisation” pas une seconde réfléchie, qui met à mort la péréquation géographique, qui fait que l’État ne paye plus, promet le transfert aux régions (ou à tout autre échelon local) et finalement ne le fait pas (ou le garantit un an, après, dermerdezich).
    J’en viens à espérer que
    - la gauche (dans son ensemble) ne touche à aucun budget jusqu’aux élections,
    - ça m’arrache le clavier d’écrire ça, mais que l’UMP remporte des régions (remarque, avec 2 sur 22, ils ne peuvent qu’améliorer leur score), surtout en PACA, tiens :-)
    - et qu’ensuite ils soient obligés d’augmenter les taxes locales pour financer ce que, justement, l’État ne reverse pas.
    J’ai vu assez de tracts dans ma commune (UMP) qui s’en donnaient à cœur joie: “la gauche augmente les impôts”, etc. Et pour cause… puisque le transfert de budget ne semble pas se faire.
    J’aimerai que l’UMP se le prenne dans les dents à son tour, juste pour que les français voient que sous la droite aussi, les impôts augmentent.
    On verra si l’UMP fait mieux avec moins :-)
    Du reste, même au niveau “impôts sur le revenu”, je me prend chaque année entre 8 et 10% de hausse alors que je suis augmenté de 2%… Va comprendre…
    Évidemment, à la Gauche de ne pas laisser le terrain désespérément vierge sur les préoccupations quotidiennes (RER/SNCF/transports, sécurité, mise en adéquation des horaires des écoles (petites ou collèges) avec les horaires des parents salariés, pérennité de l’APA…)
    Bien sur que je voterai à gauche en 2010, mais en même temps j’ai tellement envie de voir l’UMP le nez dans son caca, rien que pour ricaner de leurs électeurs qui bénéficient des essais de bien-être de la Gauche (notamment l’APA) mais qui hurlent quant au “coût” et accusent la gauche d’augmenter telle ou telle taxe alors que l’Etat s’est désengagé de son rôle de solidarité nationale et de pouvoirs régaliens !

  3. malin dit :

    Pourquoi Nicolas Sarkozy (s’il se represente) gagnera de nouveau en 2012.

    Parce que la tactique contestataire de l’opposition est inefficace, completement inefficace… pire elle peut porter pour certaines et certains à de grandes confusions voir à des collusions avec les partis extremes (voir l’exemple de l’affaire Mitterand avec un Benoit Hamon jouant le porteur de valises de Marine Le Pen).

    Les français, du moins celles et ceux qui ne sont jamais sondés, celles et ceux qui ne manifestent pas à longueurs de temps, celles et ceux qui ne grognent pas à tout bout d’champs, celles et ceux qui ne hurlent pas avec les loups, celles et ceux qui sont majoritaires mais qu’on ne voit jamais dans les médias n’attendent pas qu’on critique tel propos ou telle reforme(tte) sarkozienne… ils attendent désesperemment des PROPOSITIONS CONCRETES.
    les colibets contres sarko et son gouvernements ou ses proches ne font que divertir ou constater une amertume ou un ecoeurement.. mais jamais ces colibets ne provoqueront une adhésion envers celle ou celui qui les diffuse.

    En revanche si demain le Parti Socialiste prend constamment à contre pied les proposition gouvernemental sur tel ou tel sujet en affirmant :
    - “oui il faut un nouvelle loi ou de nouveaux reglements, et voilà NOS PROPOSITIONS” alors là le PS commencera à devenir de plus en plus audible et pris au sérieux…
    mais le PS en a t il les moyens.
    a t il un veritable projet ou ne serait ce un début de projet ?

    le problème n’est pas de dire que tout ce qui est fait “en face” est mauvais pour le pays…. mais de proposer une reelle alternative ….reelle et surtout realisable !
    Et a vous lire, je suis sur que vous….. vous préféreriez ce genre d’opposition à celle pratiquait depuis plus d’un an par la bande à Aubry.

  4. Phil dit :

    se dire “malin” c’est vite dit.

    déjà, de gros gros problèmes pour votre orthographe.
    Sarkozy n’est pas encore réélu,ne rêvez pas tout haut.

    oui, la gauche a besoin d’être claire et de se remettre en ordre.
    mais tout le monde, sauf ses fans aboslus,; sait que Sarkozy n’a pas tenu ses “grandes” promesses, que ce soit sur le pouvoir d’achat, le “mérite”, la République exemplaire pour les postes ou encore l’utilisation de l’argent public (le budget de l’Elysée, sur les sondages et voyages par exemple, est dénoncé par la Cour des Comptes!…).

    d’autre part, je vous défie de trouver OU B.Hamon aurait employé les mêmes termes et amalgames que la tribu minable Le Pen. Non, il a été différent, mais sans doute pas assez clair.

Publiez un commentaire

CréditsConditions d'utilisationsLiens