LES ÉDITOS

Double langage

12 mars 2010

Après avoir affirmé devant des millions de téléspectateurs qu’il n’avait pas vocation à s’engager dans la campagne des régionales, le chef de l’Etat accorde donc un long entretien au Figaro Magazine pour parution le week-end même de l’élection.


Les Français sont-ils encore dupes de ce double langage permanent ?


Le titre, d’abord : « apaiser pour pouvoir réformer ». Qui peut le croire ? S’il est un pouvoir qui fonde toute sa stratégie sur la division au sein de notre Société, n’est-ce pas celui-ci, auteur du débat nauséabond sur l’identité nationale, des socialistes au bilan qualifié de « nul » ou des fonctionnaires désignés comme responsables de tous nos déficits publics ?


Le moment ensuite : l’avant-veille du premier tour. En démocratie, l’usage est de rendre compte aux électeurs des conséquences qu’on tire du message qu’ils viennent d’exprimer. Quel qu’il soit. Se livrer à cet exercice avant même le verdict du suffrage universel traduit à l’inverse une immense désinvolture.


Le fond, enfin. Le président décline des concepts usés à l’extrême : la démocratie forcément « irréprochable », le chômage qui va baisser, les progrès « spectaculaires » en matière de sécurité et même la « rupture » remise au goût du jour. Si le disque est rayé, l’objectif est limpide : « apaiser », oui, mais pas les Français dans leur ensemble, exclusivement un cœur de cible électoral.


Une information tout de même : à la litanie des « réformes » annoncées s’ajoute la TVA sociale. Les contribuables doivent s’y préparer : le sujet est « à l’ordre du jour », ce qui, en langage clair, annonce des perspectives douloureuses pour ceux que le bouclier fiscal ne protège pas. Précisément, quels engagements sur le social ? Aucun. Les chômeurs en fin de droit, des milliers de suppressions de postes dans l’hôpital public, les centres IVG qui ferment, , 600 000 enfants mal logés dans notre pays, ces urgences là ne sont nulle part évoquées.


Une évidence : en dépit du discours officiel, un signal démocratique puissant, dimanche soir, ne pourrait être sans effet. Et c’est en inscrivant la réalité de leur vie quotidienne au coeur de ce scrutin, que les Français lui garantiront le plus fort impact.

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