LES ÉDITOS

« Trop à gauche » ?

8 novembre 2010


La semaine dernière, un grand quotidien me demandait si le Parti socialiste n’était pas « trop à gauche »… L’expression me laisse songeur, et je me dis que, décidément, nous vivons une époque où les choses perdent leur réalité, et les mots leur sens.


La France de 2010, c’est un pays où la rigueur s’organise aux dépens des emplois aidés et de l’allocation adultes handicapés. Un pays où les exonérations de charges sociales pour les associations qui emploient des salariés au SMIC sont, froidement, supprimées. Et un pays, où, dans le même temps, les 500 plus gros patrimoines, bien à l’abri derrière le bouclier fiscal, progressent de 25% en un an.


Alors, « trop à gauche » ? Il arrive que la politique ne soit pas un nuancier subtil, où l’on choisit sa couleur avec parcimonie. Parfois, les choses sont claires : il y a la droite, et il y a la gauche, et la question est de savoir de quel côté le balancier doit aller. Je l’ai donc dit, avec clarté, à ceux qui m’interrogeaient : l’alternance de 2012 devra être de gauche. Totalement de gauche, sans complexe, sans état d’âme, et sans faiblesse. De 2012 à 2017, il faudra mettre un terme à ce système où l’argent va à l’argent, restaurer l’autorité de l’Etat, et surtout rétablir le sens de la justice.


Cela dit – et l’enjeu de l’élection de 2012 sera d’abord d’en convaincre les électeurs – rien n’interdit, au contraire, d’être vraiment de gauche tout en étant pleinement responsable, et réaliste. C’est ce que j’ai eu l’occasion, en d’autres circonstances, d’appeler l’efficacité de gauche.


Une gauche efficace devra se donner, pendant le prochain quinquennat, les moyens de sa politique. Le constat n’est pas discutable : un Etat au bord de la faillite, dont le déficit s’élève à plus de 138 milliards d’euros et la dette à près des trois quarts du PIB, n’a pas d’autre choix que de dépenser moins. La question n’est pas de savoir s’il faut faire des économies, mais où les faire. Elle sera aussi, le moment venu, de renouer avec la croissance. Et d’oser une profonde réforme fiscale, qui renouera avec deux principes essentiels de l’impôt : son universalité et sa progressivité.


Une gauche efficace doit, dès maintenant, s’interdire de mentir- à elle-même comme au peuple. Par exemple, sur les retraites. Le projet socialiste prévoit de rétablir, pour chacun, le droit de partir à la retraite à 60 ans s’il le souhaite. Mais si nous devons trouver de nouvelles ressources pour financer les retraites, l’allongement de la durée des cotisations est inéluctable ; tout l’enjeu sera de savoir l’organiser dans un esprit de justice, en n’oubliant pas que l’espérance de vie n’est pas la même pour tous à 60 ans : sur ce sujet comme sur tant d’autres il ne sera pas possible de cacher la vérité à nos concitoyens.


Une gauche efficace, enfin, c’est une gauche qui agit, concrètement, et qui fait progresser, dans leur réalité quotidienne, les conditions de vie des plus fragiles. Un exemple ? Lundi prochain, le Conseil de Paris se penchera sur la politique de notre municipalité en matière de logement. En deux mandats, nous aurons financé 70 000 logements sociaux – ce qui permettra à Paris d’atteindre, dès 2014, avec six ans d’avance sur l’échéance fixée par la loi, le seuil des 20% de logements sociaux. Et nous avons, depuis la rentrée, ouvert cinq nouveaux restaurants sociaux pour les sans abri. Est-ce « trop à gauche » ? Je ne sais pas… Pendant ce temps, le gouvernement annonce une baisse très importante de ses crédits sur le logement social et sur l’hébergement d’urgence. Est-ce très à droite ? A coup sûr. Une preuve de plus que la gauche et la droite, décidément, ce n’est pas la même chose.


Bertrand Delanoë

6 commentaires à “« Trop à gauche » ?”

  1. Ecœuré du PS dit :

    De qui vous moquez-vous, Monsieur Delanoë ? Vous aussi, vous prenez les français pour des imbéciles ?
    Avec cette collusion avec Jacques Chirac et les élus de droite au Conseil de Paris, vous vous êtes discrédité au point que vous écœurez les vrais socialistes pour 2012, car le fondement du socialisme est une justice égale tous !
    C’est, malheureusement, une pure constatation objective – les loups ne se mangent pas entre eux – et une triste illustration de l’adage populaire : “tu voles un œuf, tu vas en prison, tu voles un bœuf, tu vas à Matignon”…
    Rendez service à la gauche : oubliez-la !

  2. M.A dit :

    @ecoeuré du PS,

    Je vous trouve très dur envers B Delanoë, ce que vous ignorez peut être c’est que dés 2001 , au moment de sa prise de fonction , à la mairie de Paris, B Delanoë n’a eu de cesse de dire et de répéter que son seul souci etait que l’argent revienne aux contribuables parisiens.C’est chose faite, je ne suis pourtant pas parisienne mais je suis une vraie socialiste , ni écoeurée ni deçue de B Delanoë.

    Pour J Chirac le fait de rembourser cette somme est une preuve de culpabilité criante.Que voulez vous de plus? Il s’est pris à son propre piège.Le proces aura lieu et qui peut affirmer que les parisiens auraient percu cette somme remboursée?

    De quel droit vous permettez vous de demander à B Delanoë d’oublier la gauche?
    Il est un vrai socialiste, et les socialistes ont besoin de lui.

  3. marc dit :

    Texte qui encourage les militants.

    à “écoeuré du PS” : le PS n’a pas ménagé Chirac depuis 1986. En 1988, je collais des affiches “Jacques le Menteur, oui, c’est Chirac”. Chirac est maintenant fort âgé, l’opinion a compris qu’il était responsable des faits reprochés. Avec le remboursement des frais, c’est bon, pas la peine de s’acharner. Je suis à l’aile gauche du PS, pourtant.

  4. Ah quelle est belle l’aile gauche du PS, celle qui vante sur toutes les estrades de France, le renouvellement et la rénovation du Parti. Voilà que cette même gauche du PS envoie Lienemann aux sénatoriales sur Paris! Elue depuis 30 ans, parachutée une demi-douzaine de fois!!! Ras le Bol!

  5. NG34 dit :

    La gauche doit renouer avec la social-démocratie, c’est-à-dire avec l’idée d’un compromis nécessaire entre le marché et l’action collective. Dans le projet du PS sur la ville, il est question de créer une loi SRU pour les commerces, ou encore d’énoncer le principe simple : à un hectare de bêton doit correspondre un hectare pour les aires naturelles.
    De même, on peut rationaliser les effectifs de la fonction publique (ce qui suppose moins de fonctionnaires dans certains services) tout en créant un service public de la petite enfance, créer des postes d’infirmières ou des emplois dans les maisons de retraite.

    Reste à convaincre de la faisabilité de ces mesures à deux niveaux : quel financement, quelle efficacité (éviter le piège d el’assistanat). Encore du pain sur la palche pour le PS.

  6. Bourbon dit :

    On peut effectivement partager avec Bertrand sans souci mais il serait bien que nous soyons rapidement derrière tous unis notre candidate ou candidat…n’attendons pas trop…ces fameuses primaires qui sont sans doute une fausse bonne idée…on verra bien ! et pourquoi pas un ticket 2 candidats Président- 1er ministre avec UN SEUL PROGRAMME Voté par tous les militants de gauche, un programme réaliste, chiffré avec un calendrier et explicant où les crédits seront récupérés…qui paiera ? quelles entreprises devont nous reprendre avec une gestion à minima contrôlée…stop au libéralisme financier ! oui à la création de richesses ..AVANT de les partager ! bises aux femmes

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