LES ÉDITOS

« Sans l’idée de justice sociale…. »

12 juillet 2010



Rigueur, austérité, sérieux ? Au-delà de la querelle sémantique, le constat n’est pas discutable : un Etat au bord de la faillite, dont le déficit s’élève à plus de 150 milliards d’euros et la dette à près des trois quarts du PIB, n’a pas d’autre choix que de dépenser moins. La question n’est pas de savoir s’il faut faire des économies, mais où les faire.


La réponse du gouvernement vient de tomber, claire et brutale: une fois de plus, les efforts les plus lourds seront exigés des premières victimes de la crise : les exclus, les démunis, les classes moyennes.


Qu’on en juge. La revalorisation de l’allocation « adulte handicapé » sera considérablement réduite : les associations viennent de s’en alarmer, en soulignant que cette décision pénaliserait 900 000 personnes vivant avec moins de 700 euros par mois. Les exonérations de charges sociales pour les associations qui emploient des salariés au SMIC seront, froidement, supprimées. Quant aux emplois aidés- ces contrats subventionnés qui donnent une chance aux chômeurs les plus éloignés du marché du travail, aux « bouts de file d’attente de Pôle emploi » comme les appelait un économiste interrogé samedi par Le Monde – ils passeront de 400 000 à 340 000, et la part du salaire prise en charge par l’Etat baissera fortement. Dans une période d’explosion du chômage, une telle décision relève, au mieux, de l’inconscience.


Autres victimes de cette rigueur cyniquement sélective : les étudiants, dont chacun sait pourtant dans quelle précarité ils vivent trop souvent. La semaine dernière, la ministre de l’enseignement supérieur décidait une augmentation significative des droits d’inscription à l’université. Et le ministre du budget annonçait qu’il serait désormais impossible de cumuler la demi-part fiscale d’enfant à charge et l’aide personnalisée au logement pour les étudiants. Voici ce que cette décision signifiera dans la vraie vie: un étudiant logeant dans un studio meublé pour un loyer mensuel hors charges de 650 euros devra choisir entre percevoir une allocation de 200 euros ou faire bénéficier le foyer fiscal familial d’une demi-part.


Et pendant ce temps-là, dans le numéro du 8 juillet 2010 du magazine Challenges, consacré aux « Fortunes de France », je lis ceci : « Qui a dit que la France s’appauvrissait ? Pour sa 14ème édition, notre patrimoine des 500 patrimoines professionnels consacre la réussite des principaux entrepreneurs français. En 12 mois, leur fortune totale a progressé de 25%, passant de 194 à 241 milliards d’euros. La hausse est encore plus spectaculaire pour les dix premiers de notre classement, dont la fortune a crû d’une année sur l’autre de plus de 35%, à l’image de celle du premier d’entre eux, dont le patrimoine a fait un bond de 56%. » Mais ceux-là sont bien à l’abri, derrière la barrière complaisante et complice du bouclier fiscal. Alors même que les cadeaux fiscaux qui leur ont été faits depuis 2002 contribuent largement à expliquer la situation dans laquelle se trouvent aujourd’hui nos finances publiques.


Plus que jamais, décidément, chacun gagnerait à méditer, un siècle après, le mot de Jaurès : « Sans l’idée de justice sociale, la République n’est qu’un mot ».

Publiez un commentaire

CréditsConditions d'utilisationsLiens