LES ÉDITOS

Vingt ans après

9 novembre 2009

Vingt ans déjà. Vingt ans que le mur de Berlin est tombé, et avec lui près d’un demi-siècle de servitudes et d’arbitraire. A l’heure où chacun revisite ce véritable coup de tonnerre de l’ère contemporaine, le message de ces pierres qui s’effondrent est clair : parfois, en dépit des doutes, des souffrances et des épreuves, l’histoire avance. Ainsi, le mot de progrès peut avoir un sens réel, concret, dans la vie de chacun comme dans le cheminement de l’humanité.


Je vois bien tout ce que l’on peut dire : la précarité qui ne recule pas en Allemagne, la crise qui s’installe, et l’inégalité territoriale, cet autre nom de l’injustice sociale… Mais je veux aujourd’hui, avec espoir et avec lucidité, souligner trois acquis :

– l’oppression soviétique aura finalement été une longue et douloureuse parenthèse. Les peuples ont retrouvé le sens et l’unité de leur vie collective. Et la démocratie, la liberté, le droit d’aller et venir, se sont imposés à nouveau, comme si cette phase historique nous alertait à la fois sur la fragilité mais aussi sur la force de la démocratie.

– l’Europe s’est réunifiée. En abattant le mur, on a réconcilié notre continent, et nous autres Européens nous sommes retrouvés. C’est là encore l’histoire en marche, qui donne aux mots de fraternité, de citoyenneté, de paix, un sens nouveau. C’est peut-être également une invitation à considérer l’Europe pour ce qu’elle est : une force, une chance, une idée belle qu’il faut défendre, un rempart pacifique qu’il faut prolonger.

– l’Allemagne est redevenue une, et elle est aujourd’hui, au cœur de cette Europe, réconciliée avec elle-même. C’est aussi cet enseignement qu’il faut retenir aujourd’hui : après les douleurs et les vicissitudes, et les ayant surmontées, l’Allemagne depuis vingt ans est de retour.


Je me rappelle cette jeunesse unie. Venue d’Allemagne de l’est et d’Allemagne de l’ouest, elle ne faisait qu’une, dans l’euphorie d’un avenir reconquis, au pied de la porte de Brandebourg. C’est à elle, si beau symbole d’un peuple ami, que je pense aujourd’hui avec solidarité et affection.
Et pour mesurer l’ampleur de ce progrès accompli en vingt années, il suffit d’ailleurs de se promener dans Berlin. Je l’ai fait plusieurs fois, à l’est, à l’ouest, avec le maire de la ville, mon ami Klaus Wowereit. C’est une capitale chargée d’histoire et pleine de projets, qui renaît, qui bouge, qui vit. Quant au mur, il est détruit, mais Berlin a tenu à en conserver la marque. Non pas comme une cicatrice, mais comme une trace. Parce qu’on ne construit pas l’avenir sans mémoire.

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