LES ÉDITOS

Silicon bâclée

28 décembre 2009

Une « Silicon Valley », un « Harvard », dans l’agglomération parisienne…


Avec, toujours, les mêmes expressions un peu boursouflées, la même fascination un brin naïve pour la grande Amérique, le même décalage face aux exigences de la réalité, le Président de la République vient de révéler l’un des usages qu’il comptait faire du « grand emprunt » : financer un pôle universitaire d’excellence, dédié à l’économie et aux sciences, à Saclay, en Essonne.


Que l’Etat décide d’investir pour la recherche et l’enseignement supérieur est une heureuse nouvelle, (« nouvelle » au sens propre du terme). Car il s’agit d’un enjeu vital pour l’avenir de notre pays. Et il y a urgence.
Pourtant, à quoi rime cette confusion entre réforme et sabotage ? Car le projet annoncé revient à détruire ce qui existe – démanteler l’université parisienne, ce campus à ciel ouvert qui est déjà un magnifique pôle d’excellence – pour construire… quoi d’ailleurs ? Nul ne le sait vraiment, mais l’expression de « Silicon Saclay » sonnant agréablement, l’intendance est censée suivre. Malheureusement, l’intendance, ici, ce sont des milliers de professeurs, de chercheurs, d’étudiants, ce sont des institutions, des laboratoires, et des travaux, qui contribuent à l’honneur de notre pays. Déshabiller Paris pour habiller Saclay, cela veut dire lâcher la proie pour l’ombre ; cela signifie sacrifier Paris V sur l’autel de l’inconnu, alors qu’elle domine la recherche médicale. Ou Paris VI, première université française selon le classement de Shanghai, ce classement si fréquemment utilisé en d’autres circonstances. Toute cette annonce repose en fait sur un terrible malentendu. Car le Président de la République oublie que la clef du succès d’Harvard – ou d’Oxford – c’est la pluridisciplinarité. En concentrant son attention – et les investissements publics – sur les sciences de l’ingénieur, il s’inscrit, malheureusement, dans une vision strictement utilitariste. Et ce constat n’est pas nouveau car ce pouvoir semble décidément partir à l’assaut de tout ce qui n’est pas immédiatement rentable. Depuis le triste discours présidentiel du 22 janvier 2009, les offenses à la recherche, à l’université, et plus largement à la culture et à tout ce qui est désintéressé, se sont multipliées. Le goût du savoir tourné en dérision, la simple envie d’explorer les voies si multiples de la culture, du patrimoine, de ce qui fait sens, de ce qui est civilisé, de ce qui forge une identité. L’âme même de notre pays.


Souvenons-nous : “Vous avez le droit de faire de la littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places ». Terne échantillon de cette vision édifiante : ce qui est en cause, c’est bien une certaine idée de ce qui renvoie à notre diversité mais aussi à notre vie collective. Ce projet a été conçu de façon arbitraire, avec les pires travers de la technocratie, sans concertation, et même sans véritable consultation. Et cela non plus n’est pas acceptable. Les étudiants, les professeurs, les chercheurs de France ont droit au respect de la société. Ce respect, et même cette admiration, je veux les en assurer ici. Pour eux, pour leur dignité, et pour la préservation de la tâche immense dont ils sont chargés, ils doivent pouvoir compter sur nous.

2 commentaires à “Silicon bâclée”

  1. Teyssières dit :

    En plus bien sûr ceci concerne des secteurs qui rapportent de l’argent : économie et sciences. Rien pour les lettres, l’art, la créativité, la sociologie, … Et je suis scientifique.
    Je m’offusque que notre pays n’investisse plus dans des “têtes pensantes” et préfère des “corps consommant”.
    J’ai tellement honte de ce qu’est devenu ce pays de bovins.

  2. clain dit :

    je ne suis pas sarkosyste mais je penche sur ce point un peu dans son sens Vu notre déficit extérieur, il faudra bien le combler et ce n’est pas avec des sociologues ou des littéraires en pagaille qu’on y arrivera; il n’y a que 2 voies vous choisissez
    a) rendre nos productions actuelles plus exportables on ne peut que baisser les prix pour y arriver
    b) créer par l’innovation donc par les scientifiques et les techniciens des produits nouveaux avant les autres et ceci ne necessite pas beaucoup de littéraires

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