LES ÉDITOS

S.O.S Syrie

26 mai 2011



Imaginez des villes entières coupées du monde, pas de téléphone, plus d’électricité, des patrouilles de chars qui mitraillent la foule, imaginez des tireurs embusqués sur les toits fauchant les passants, des miliciens investissant, une à une, les maisons et embarquant tous les hommes de 15 à 80 ans. Imaginez les prisons, les tortures qu’ils y endurent. N’imaginez pas. C’est ainsi qu’en Syrie sont traités étudiants, démocrates, citoyens ordinaires qui, du nord au sud du pays, réclament, jour après jour, pacifiquement, au prix de centaines de morts, de milliers d’arrestations, une liberté et une dignité qu’ils n’ont jamais connues.


Imaginez un pays sous dictature de père en fils depuis quarante ans, un régime qui, dans une totale impunité, plante ses pieux armés dans le cœur de chaque citoyen. Telle est la Syrie du clan El Assad, et l’Etat de barbarie qu’il a partout instauré, les lois humaines foulées aux pieds. Des millions de citoyens sans défense ont été poussés à la révolte. Un peuple accueillant et paisible a cessé d’endurer – et cette révolte à mains nues, contre la machine de mort, relève du miracle. Depuis deux mois, les manifestations se soldent, à Deraa, à Homs, à Kamchli, à Banyas, à Lattaquié, par des massacres de l’armée, des milices et des services secrets. Mais, ne cédant pas à la terreur, admirables de courage, les manifestants recommencent le lendemain, enterrant leurs morts et repartant de plus belle. Tout cela est admirable. Tout cela est monstrueux.


Tout cela se déroule dans l’indifférence générale. Indifférence de la communauté internationale, indifférence de nos représentants, indifférence des opinions publiques, les yeux tournés ailleurs. Frontières fermées ; organisations humanitaires, presse internationale bannies : Silence, on Tue ! Quelques protestations du bout des lèvres, en Amérique et en Europe ont eu lieu. Les massacres continuent. C’est un fleuve de sang.


Donnons ici les noms des responsable syriens à la tête de la répression : Maher Al-Assad, chef de la 4ème division de l’armée ; Ali Mamlouk, chef des renseignements généraux ; Mohammed Ibrahim Al-Char, ministre de l’intérieur ; Hafez Makhlouf, colonel des renseignements généraux, branche de Damas ; Abd Al-Fatah Quodiyah, chef du renseignement militaire ; Jamil Hassan, chef du renseignement de l’armée de l’air syrienne ; Rustum Ghazali, chef du renseignement militaire du gouvernorat de Damas ; Atef Najib, responsable de la sécurité politique à Deraa ; Mohammed Dib Zeitoun, chef de la sécurité politique à Banyas. Gravons ces noms dans nos mémoires, dans l’attente d’un châtiment prochain devant le peuple syrien et la conscience internationale.


Retenez les noms de ces prisons : Tadmor (Palmyre) ; Palestine, Adra, Douma (Damas) ; Seid Naya. L’enfer, en Syrie, porte ces noms.


Pour l’heure, il faut descendre dans la rue exiger que les massacres cessent et que nos gouvernants ne se contentent plus de pieuses remontrances. Bashar Al-Assad n’a pas été déclaré criminel ni hors-la loi. Il n’est sous le coup d’aucune inculpation de la Cour pénale internationale. L’ONU n’a pas mis les tueurs en demeure de remiser leurs chars et leurs milices, sous peine de proscription. Tournez vos yeux vers la Syrie.


Signez cet appel et venez manifester votre peine, votre indignation, votre solidarité avec le peuple syrien, dimanche 29 mai à 15h, esplanade du Trocadéro, à Paris.


Premiers signataires : Michel Rocard, Dominique Sopo, Bernard-Henri Lévy (membre du Conseil de surveillance du Monde), François Hollande, Jean-Louis Bianco, Corinne Lepage, Pierre Henry (France Terre d’asile), Romain Goupil, Dan Franck, Benjamin Stora, Fethi Benslama, Jacky Mamou, Bernard Schalscha, Julien Dray, Mohamed Sifaoui, Huguette Chomski-Magnis, Mazarine Pingeot, Gilles Hertzog, Jean-Luc Benhmias, Mohamed Sifaoui et Pierre Bergé (actionnaire et président du Conseil de surveillance du “Monde”), Bertrand Delanoë.



Article publié mercredi 25 mai sur lemonde.fr

2 commentaires à “S.O.S Syrie”

  1. Eric Bacher dit :

    Vous y allez fort dans l’outrance ! Malgré l’alarmisme obscène du ministère des Affaires étrangères français, je reviens de Syrie et je n’ai rien vu de tout cela. J’ai pu aller tranquillement à Alep, à Lattaquié, à Tartus, à Jabiah, à Baniyas, à Safita et bien sûr à Damas. Je n’ai pas vu les horreurs que vous décrivez de votre fauteuil de la mairie de Paris. Par contre, j’ai pu discuter, librement, avec les gens du peuple syrien, le vrai peuple, celui qui trime et qui aime son pays. Pas ce funeste lumpen prolétariat urbain qui sème l’anarchie dans certains quartiers et que vous soutenez
    Outre la Tunisie, voyagez un peu plus M. Delanoë et écrivez ce que vous voyez vraiment….

    • jetpop dit :

      Ben alors ! ça fait quoi de se tromper et d’insulter les gens, l’histoire… de ne pas voir plus loin que le bout de son nez …. ça fait quoi d’être ignorant et condescendant ?!
      bien le bonjour

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