LES ÉDITOS

Quand la justice sociale bat en retraite…

16 juin 2010


Le plan retraites du gouvernement ne répond ni aux enjeux, ni aux attentes. En Allemagne ou en Suède, on a bien vu ce que signifiait la recherche d’un compromis autour d’une réforme qui engage tout un peuple et qui nécessité d’y investir du temps. Mais en France, le débat a été bâclé, les organisations syndicales peu respectées, et notre société privée du vaste débat auquel elle avait droit.


Sur le fond, trois constats :

– Le report de l’âge légal à 62 ans est confirmé. Qu’on le veuille ou non, ce sont bien les plus modestes, les carrières longues et souvent âpres, qui supportent donc l’essentiel du plan annoncé. A l’heure où 60% des actifs âgés de 55 ans et plus n’ont pas d’emploi, ce relèvement de l’âge légal abaissera mécaniquement leur niveau de retraites. Et ce ne sont pas les mesurettes évoquées aujourd’hui qui changeront quoi que ce soit. Rien sur la formation des personnes, nulle trace d’un « bonus malus » qui favoriserait le maintien des plus de 50 ans dans l’entreprise. Le gouvernement néglige un aspect pourtant central de cette réforme.

– La question majeure de la pénibilité le conduit par ailleurs à exiger de chaque salarié qu’il démontre la réalité des souffrances physiques accumulées au fil du temps. Après avoir enduré la charge du travail, il faudra donc supporter la charge de la preuve. Les procédures souvent interminables dans le dossier de l’amiante montrent pourtant que chez des personnes usées, modestes, pas toujours armées face à ce type de contrainte juridique, cette solution sera très difficile à appliquer. Mais d’évidence, le gouvernement assume lui-même une démarche largement symbolique, confirmant que seules 10 000 personnes seraient concernées chaque année, soit un peu plus de 1% de celles qui quittent le marché de l’emploi. Dérisoire.

– Mais l’injustice atteint un sommet avec le mode de financement retenu : en puisant allègrement dans le Fonds de réserve pour les retraites, le gouvernement transforme en tirelire l’épargne des salariés. Créé à l’origine par Lionel Jospin, ce Fonds n’a jamais été alimenté par le pouvoir actuel, prompt à exploiter ce qu’il n’a pas su créer. A l’inverse, il aurait fallu l’abonder dans la perspective du pic démographique de 2018-2020. Mais là encore, la droite pare au plus pressé. En veillant toutefois à ne pas trop pénaliser sa clientèle électorale : on notera une équivalence proprement indigne – autour de 4 milliards d’euros – entre les économies prévues dans la fonction publique et les recettes attendues d’une contribution des plus aisés et des revenus du capital. Le gouvernement a beaucoup parlé « d’équité ». Dans les faits, il la piétine.


Plan inadapté donc, injuste et inefficace. Car on est bien loin des 45 milliards d’euros de besoins de financement, identifiés récemment par le Conseil d’Orientation des Retraites, d’ici 2025. Preuve ultime que le pouvoir a tout simplement très mal travaillé.



Bertrand Delanoë

7 commentaires à “Quand la justice sociale bat en retraite…”

  1. marie jeanne dordonnat dit :

    Plus de 180 trimestres à 60 ans c’est pas mal n’est ce pas. Un début d’activité à avant 14 ans (école par alternance) et bien sur pas de cotisations pour cette “scolarité très active” durant 4 ans, donc pas de retraite anticipée
    Et puis des petits boulots et enfin une adiminsitration et devinez quoi, déjà 30 ans dans un service retraite à mettre en paiement des milliers de dossiers retraite des autres.
    Je viens d’en prendre pour un an de plus
    J’en ai vu passer des réformes, de bonnes avec l’abaissement de l’âge mis en place en avril 83 et des moins bonnes.
    En moyenne une tous les 10 ans et entre temps des réformettes qui n’avaient qu’un objectif diminuer et diminuer encore que souvent on se garde bien d’expliquer au grand public.
    Mais celle que nous allons vivre, ce sera la pire de toutes et de plus je prend le pari, elle ne résoudra pas le problème du financement.
    Nous n’avons pas le choix, c’est dans la rue que nous devrons nous exprimer la semaine prochaine. Il faut convaincre, les jeunes actifs, les étudiants, les petits les moyens revenus, les retraités, que nous nous serons tous impactés à un moment de notre vie, celui ou ne seront le plus fragile, au moment de notre vieillesse, quant les problèmes de santé frappent à la porte, car à ce moment la il sera trop tard pour agir.

  2. Bertrand,ton exposé est clair, précis et sans appel, malheureusement!… Ce que Lionel avait initialisé ( pour répondre au pic démographique prévu entre 2018 et 2020) va servir à ce gouvernement ultralibéral pour boucher les trous de sa gestion catastrophique et de son manque absolu de prévoyance. Or gouverner c’est aussi prévoir!…Après le cadeau du bouclier fiscal, le démantèlement de nos services publics, les tentatives de privatiser tout ou partie de l’Education Nationale laïque et républicaine, voici la cerise sur le gateau que se partageront les plus favorisés et les plus cajolés par Nicolas er et son gouvernement!

  3. princesse dit :

    Peut on m’expliquer en quoi cette reforme est équitable? Surtout que rien ne change vraiment pour le public. Etant infirmiere dans le privé je vois que ma prise de retraite est encore reculée alors que mes collègues du public vont pouvoir partir à 57 ans? C’est le meme diplome, le meme travail, ce qui change ce ne sont certes pas les salaires, plus de différence, ce sont les avantages et le rythme de travail. Ce qui est valable pour une profession l’est aussi pour d’autres donc l’équité commence par mettre tout le monde au meme age. Il serait souhaitable que les entreprises, employeurs soient moins indexés et puissent embaucher, plus de travailleurs donc plus de cotisations.

  4. marie jeanne dordonnat dit :

    Elle n’est pas équitable cette réforme.
    - On atteindra la retraite en fonction d’un âge,et non pas en fonction d’une durée
    - il semble que les critères d’inaptidude qui permettaient d’obtenir une retraite à taux plein à 60 ans deviennent très flous
    - la pénibilité avec des critères anononcé par le Ministre très restrictifs
    - la retraite taux plein à 67 ans, immaginez combien de temps vous en profiterez
    et puis, il y a tout ce qui n’est pas trop affiché sur les évolutions des règles de calculs avec des réformettes entre les grandes réformes
    Ce qui est encore moins équitable, c’est la manière dont l’état veut financer.

    Au bilan, avec le recul de l’âge, nous allons peut être atteindre un équilibre en 2018, mais après, les départs reprendrons un rythme de croisière grèvant à nouveaux les finances . De plus, tout cela est basé sur une forte croissance ce qui n’est pas gagné d’avance.
    Sans la croissance espérée, les plus agés resterons au travail, les plus jeunes seront au chomage. Je ne voie pas ou sera l’économie pour l’état ?

  5. Durieu Daniele dit :

    l’ Office Public Hygiene Social (ophs)
    9 place de l’hotel de ville Paris 4 qui n’exite plus a l’heure actuelle s’est occupée de mes placements pendant mon enfance et m’a abandonné le jour de mes 16 ans Cette organisation était gérée par l’ETAT. De ceci une vie trés trés cahotique pour moi. J’arrive à la retraite et en subit encore les effets. Y a t’il un disposif prévu pour toutes les personnes comme moi laissé au bord de la route par l’ETAT????? (organisation qui s’occupait des alcooliques et tuberculeux aprés la guerre et s’occupait également de plaçait leur senfants) j’aimerais savoir ?

  6. djazzi dit :

    Plus que deux ans à attendre
    Qui paie la facture : les parisiens ?
    C’était un match de l’équipe de France donc qui concernait la France ?

    Des véhicules ont été incendiées et des vitrines brisées lors d’incidents qui ont éclaté mercredi autour du stade Charléty à Paris (XIIIe) où était retransmis en direct le Mondial de football, après la défaite de l’Algérie face aux Etats-Unis (0-1). Une vingtaine de voitures ont été renversées ou brûlées, notamment rue Cacheux, et des vitrines brisées près du stade, selon des sources policières, qui ont évoqué d’autres incidents provoqués par des supporteurs algériens, près de la Cité universitaire, à proximité.

    Selon un bilan provisoire communiqué peu après 22h00 par la préfecture de police (PP), cinq personnes ont été interpellées, cent sept personnes ont fait l’objet de vérifications d’identité, quinze véhicules ont été dégradés, dont un qui été retourné. Un abri bus et un feu tricolore ont également été dégradés. Environ 200 à 250 jeunes ont déclenché ces violences s’en prenant à un bus et aux forces de l’ordre avec des projectiles divers, selon un policier sur place qui a qualifié ces incidents de “brefs mais graves”.

  7. 24JUIN dit :

    Aujourd’hui 24 juin, je devais enfin avoir mon audition aux prud’hommes et l’avocat de la partie adverse a demandé le report en décembre pour cause de grève des trains…. mais ça ne fait rien, je vois qu’il y a eu une grande mobilisation et ça me fait très plaisir, mais arrêtons de liquider le personnel des entreprises sans que personne ne s’en mêle. A quand une nouvelle gouvernance contrôlée dans les entreprises ? Il faut le plein emploi ou rien, autrement c’est qu’on n’a rien à faire dans un gouvernement, de droite ou de gauche car plein emploi égale plus de cotisations.
    Arrêtons de considérer le chômage comme quelque chose de presque normal et messieurs les économistes et hommes politiques, arrêtez de faire des études si vous ne savez pas trouver de solutions.

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