LES ÉDITOS

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Programme local de l’habitat

15 novembre 2010


Intervention de Bertrand Delanoë sur le programme local de l’habitat



Conseil de Paris, séance du 15 novembre 2010



Mes chers collègues,


Dans la crise, se loger est devenu, pour un grand nombre de nos concitoyens, un défi quotidien. Il est de plus en plus dur, dans notre pays, de trouver un logement, et de s’y maintenir. C’est dans ce contexte que nous abordons notre programme local de l’habitat. Ce débat offre l’occasion de marquer un point d’étape sur le logement à Paris, ses difficultés, ses perspectives, ses dynamiques.
Notre objectif tient en un mot : la mixité, celle des générations, des cultures et des origines sociales. Car il s’agit d’éviter le danger qui menace les grandes villes : la ségrégation urbaine, qui conduit à coup sûr au dépeuplement. Je le rappelle en effet : en 25 ans, entre 1975 et 2000, sous l’effet d’une politique délibérée qui visait à écarter de Paris les plus démunis et les classes moyennes, notre cité avait perdu 170 000 habitants, dont des dizaines de milliers de familles. Or, la tendance s’est nettement inversée depuis, avec 76 000 Parisiens de plus, parmi lesquels 10 000 familles.


Cette dynamique, il faut non seulement la poursuivre mais l’amplifier- c’est tout l’objet de notre PLH. Et cela commence par une politique très volontariste pour le logement social. Nous tiendrons notre cap : atteindre l’objectif des 20 % de logements sociaux à Paris en 2014, soit six ans avant l’échéance de la loi. Car nous devons répondre à une demande toujours plus soutenue ; nous en sommes aujourd’hui à 120 000 demandeurs inscrits, 40 000 nouveaux entrants chaque année. Et une part sans cesse plus importante de ces demandeurs vient de l’extérieur de Paris : 28% en 2010, soit quatre fois plus qu’il y a dix ans.


Le programme qui est soumis aujourd’hui à notre assemblée propose donc le maintien dans la durée de notre effort. L’objectif est d’abord quantitatif : 25% de logements sociaux au plus tard en 2030, ce qui est ambitieux tout en étant réaliste, car il ne servirait à rien d’afficher, pour le seul effet d’annonce, des objectifs inatteignables. En outre nous mêlerons, à l’intérieur même des immeubles, les différents types de logement social, pour éviter l’uniformité, qui est néfaste au mouvement d’une ville.


Le logement social doit aussi être un moyen d’accueillir dans notre capitale toutes les professions qui sont nécessaires à sa vitalité. Je pense aux infirmières, aux enseignants, aux pompiers, aux policiers, aux puéricultrices… Et tout particulièrement aux agents de notre collectivité, qui, trop souvent, n’ont pas les moyens d’habiter dans la ville qu’ils servent. Ainsi, depuis 2001, j’ai tenu à ce qu’un sixième des logements attribués sur le contingent du maire soient consacrés aux agents de la ville et département. Et je demande une nouvelle fois à tous les maires d’arrondissement de mettre en œuvre la même mesure pour leur contingent.


Autre priorité, la lutte contre l’habitat indigne, qui ne peut être victorieuse que si elle ne se relâche jamais. Nous avons, entre 2001 et 2010, traité plus d’un millier d’immeubles, et il est possible de parler aujourd’hui d’une quasi résorption de l’habitat insalubre dans notre ville. Mais, comme l’a souligné Patrick Doutreligne, le président de notre comité de vigilance, que je remercie de son concours, l’insalubrité n’est pas une photographie, mais un film : elle ne cesse d’évoluer et il faut la traiter jour après jour. C’est l’une des idées qui guident notre programme de l’habitat, lequel prévoit notamment l’appropriation publique des cas les plus critiques.


Nous entendons, en outre, privilégier une démarche résolument écologique. Chaque année, 4 500 logements sociaux sont ainsi mis aux normes du Plan climat. Et notre PLH prévoit la réhabilitation de 100 000 immeubles privés d’ici 2050. Pour nous aider à y parvenir, nous travaillons dès maintenant à la mise en place d’un éco-prêt à taux zéro. Ce dispositif permettrait de soutenir financièrement les copropriétés qui entreprennent des travaux pour l’isolation thermique ou la rénovation énergétique de leur immeuble.


Mes chers collègues, l’ensemble de ces projets a bien sûr un coût élevé. Celui-ci sera évidemment financé avant tout par notre propre dynamique d’investissement. Mais je pose avec gravité une question qui relève de l’urgence : l’Etat va-t-il prendre sa part dans cet effort ? Nous approchons de l’heure de vérité. Car le gouvernement fait bien du logement social la première cible de ses coupes budgétaires. S’y ajoute une grande inégalité dans la répartition de l’aide. Ainsi, il n’est pas acceptable qu’à Paris, quand nous mettons quatre euros au service du logement social, l’Etat n’en mette qu’un, alors que, chez nos voisins des Hauts-de-Seine, le rapport est de un pour un. Nous ne pouvons pas nous résigner à une situation aussi inéquitable.


Mais une politique de l’habitat ne se réduit pas au logement social, même si c’est dans ce domaine que les moyens de l’intervention publique sont les plus efficaces et les plus directs. Je souhaite donc insister sur deux autres éléments essentiels pour l’avenir de notre politique du logement: l’accession à la propriété d’une part, et la maîtrise des loyers dans le parc locatif privé.


D’abord, l’accession à la propriété. Trop souvent, notamment pour les classes moyennes, c’est au moment où l’on veut acheter un logement que l’on part en banlieue. Nous devons, dans la mesure de nos moyens, essayer de freiner cette logique. C’est dans cet esprit que nous avons mis en place un prêt à taux zéro, qui a d’ores et déjà permis à 13 800 ménages, depuis 2004, de demeurer dans leur ville en y devenant propriétaires.


Mais le logement à Paris relève bien sûr, pour l’essentiel, du parc locatif privé. Pour donner à des familles les moyens de rester chez elles, nous avons d’abord, depuis 2001, racheté plus de 14 000 appartements afin de limiter les effets néfastes des ventes à la découpe. Mais surtout, dans un contexte social de plus en plus lourd, où une part considérable du budget des ménages est absorbée par le logement, nous avons institué, en 2008, au seuil de la crise, un dispositif nouveau- l’allocation Paris logement. Cette aide, versée sous conditions de ressources aux Parisiens qui consacrent au moins 30% de leurs revenus à leur loyer et à leurs charges, a permis à plus de 35 000 familles de rester à Paris. Mais elle ne s’applique jusqu’à présent qu’aux actifs. Aussi je proposerai à notre assemblée, lors d’une prochaine séance, de l’étendre aux retraités, dont les pensions, déjà souvent très faibles, risquent de baisser encore.


Mais il est un autre point sur lequel je souhaite que nous avancions. Disons-le, à Paris les loyers flambent : +40% en dix ans. Et nous le savons, c’est au moment du changement de locataire que les propriétaires augmentent leurs loyers, hors de tout contrôle, et souvent de toute mesure. Je soumets donc au Conseil de Paris la proposition suivante : que nous puissions expérimenter dans la capitale un encadrement des loyers à la première mise en location, et à la relocation. Pour cela, il est nécessaire que le gouvernement prenne les dispositions législatives et réglementaires qui nous en ouvriront la possibilité.


Mes chers collègues, un dernier mot. Le logement est un sujet qui touche, de façon très large, l’ensemble de l’agglomération parisienne. Il ne peut se traiter de façon pleinement efficace à l’échelle d’une seule collectivité. Paris Métropole, qui s’est réuni ici même la semaine dernière, a décidé de s’en saisir. Nous allons notamment réfléchir à la mise en place d’un Prêt parcours résidentiel métropolitain, qui permettrait à des locataires du parc social de devenir propriétaires d’un logement neuf dans une commune voisine. ll est indispensable que Paris Métropole prenne, dans ce domaine, des compétences nouvelles et opérationnelles, et que notre prochain PLH traduise une vraie dynamique d’agglomération.


Mes chers collègues,


Le programme local de l’habitat qui nous est présenté ce matin est le résultat d’un travail exigeant, volontariste et patient, pour lequel je tiens à remercier très chaleureusement Jean-Yves Mano. Je sais pouvoir compter sur lui et sur toute l’équipe municipale pour maintenir et accentuer l’effort. Car de l’avenir du logement dans notre ville dépendent vraiment la diversité, la mixité, la vitalité, et donc le visage, de Paris.

2 commentaires à “Programme local de l’habitat”

  1. Delcourt dit :

    Inadmissible !

    J’ai vu le reportage sur logement social dans le 16ème dans le journal d’Arté, de la place vacante constructible . Comment depuis 2007 des projets ne sont pas commençé . Une absence de sensibilisation auprès de ces favorisés apparait aussi dans ce reportage le logement social concerne une grande frange de la population 80%, ce sont des gens bien pour beaucoup des fonctionnaires qui assurent les services publics de la nation française .
    J’espère que les choses vont bouger que les premières pierres vont vite être posées .

    Merci

  2. Paul Chevillard dit :

    Bonsoir Monsieur,
    On accuse à juste titre l’actuel président de la République de se jouer de la démocratie (les exemples sont nombreux, du Traité constitutionnel aux retraites, par exemple). Je note que vous, Monsieur Delanoe, Madame Hidalgo et le Conseil Municipal font de même après avoir lu dans le Monde de ce soir que la décision de construction des grandes tours avait été prise. (http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/11/17/feu-vert-pour-les-grandes-tours-dans-paris_1441561_3244.html)
    Vous feignez donc d’ignorer qu’une enquête auprès des parisiens, que vous aviez vous-même initiée, avait conclu très défavorablement sur ce projet à une grande majorité des réponses. Mais qu’importe: quelques dizaines d’individus élus choisissent donc de dédaigner les avis de parisiens qui ne les ont pourtant pas élus pour cela, puisqu’ils y sont opposés.
    Je n’ignore pas que les choix sont difficiles; Mais les difficiles rendez-vous avec l’histoire des hommes devraient pourtant conduire une municipalité de gauche à choisir les hommes plutôt que les logiques économiques. (Il existe bien d’autres options qui demandent courage et fonds)
    Car au delà de l’esthétique – sur laquelle j’ai une opinion très défavorable, mais qu’importe – il s’agit bien d’une histoire d’hommes dont je veux parler. J’habite depuis plusieurs dizaines d’années dans une tour, beaucoup plus petite que celles projetées, et je sais définitivement que la tour est une erreur sociale. Loin de favoriser les liens, elle crée (et entasse) des solitudes, des repliements sur soi, des égocentrismes: la masse des interlocuteurs possibles dépasse les capacités de chaque habitant de la tour à nouer des relations. Les résultats sont désastreux, de la simple indifférence à l’irresponsabilité jusqu’à l’incivilité et aux possibles agressions. Vous n’habitez pas en tour, et jamais vous n’y habiterez, je vous comprends.
    Il va donc falloir attendre maintenant les conséquences de vos décisions (mais vous ne serez alors plus responsable du destin de la ville) pour se plaindre des phénomènes prévisibles qui ne manqueront pas de survenir, pour alors engager des politiques “de la ville”, de quartiers défavorisés, de sécurité, stupéfaits de l’inconscience de ceux qui auront pris cette décision, vous!
    Tant d’aveuglement me sidère, et bien sûr me déçoit profondément d’une gauche municipale qui a apparemment perdu ses repères et sa boussole humaniste.
    Paul Chevillard

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