LES ÉDITOS

N comme…

5 octobre 2009

Nationalisme (retour du ?…)
Images du G20 de Pittsburgh, conférences de presse, poignées de mains, déclarations de principe : j’observe attentivement les étapes et rituels qui rythment ce rendez-vous censé jeter les bases d’une nouvelle régulation économique mondiale. Et soudain une réalité me frappe : l’Europe semble avoir disparu. Comme si la communauté de citoyens avait laissé place au dialogue, le plus souvent bilatéral, entre les représentants des nations. Je me souviens pourtant d’un temps où, dans les sommets internationaux, un Jacques Delors savait parler au nom de l’intérêt général européen. Inutile d’en attendre autant de Jose-Manuel Barroso, qui vient d’être reconduit à la tête de la Commission, et qui se définit lui-même comme le « secrétaire du Conseil européen », autant dire l’arbitre des élégances entre chefs d’Etat et de gouvernement. L’idée même de communauté, d’institutions transnationales, de parole commune à tous les Européens, aurait-elle irréversiblement disparu ? Je ne le crois pas. Il y a une issue à la grave crise d’efficacité et d’identité que traverse aujourd’hui l’Europe politique. Et elle passe par la création d’un véritable président du Conseil européen, d’ailleurs inscrite dans le traité de Lisbonne auquel les Irlandais viennent de donner sa chance. Si ce président sait être digne de sa fonction et de sa mission, s’il sait être un peu plus que le « pigeon voyageur » des doléances nationales, alors il pourra incarner la voix et le visage de l’Europe, et parler d’égal à égal avec le président des Etats-Unis ou de la République populaire de Chine. Et enfin, sur le théâtre du monde, l’Europe existera.

Nuit Blanche
Une fois encore, grand succès populaire pour une Nuit Blanche marquée par la douceur du climat : les propositions artistiques brillamment orchestrées cette année par Alexia Fabre et Franck Lamy du MAC/VAL, ont su toucher le cœur de 1,5 millions de visiteurs. En découvrant avec les commissaires les œuvres de la coréenne Kimsooja sur le parvis de l’Hôtel de Ville, de Sylvie Fleury à Notre Dame, de Janet Cardiff à Saint Severin, de Sarkis à la Grande Mosquée ou celle de Michel de Brouin, d’Hugues Reip et des ACR de Luxembourg, je me disais que la rencontre entre l’art et le public dans cette manifestation festive, n’a rien de cette vanité que dénoncent parfois les esprits chagrins. La diversité des publics, diversité générationnelle et sociale notamment, atteste de la capacité de la Culture à atteindre chaque individu. Certes, une nuit ne suffit pas à franchir toutes les barrières et l’accès à la Culture demeure un effort constant. Mais une certitude : la création, le beau, l’inattendu, désignent des biens plus essentiels que jamais en cette période de crise, parce qu’ils ont aussi sources de valeurs, de repères et de cohésion. Je crois profondément que nous avons raison de nous battre pour que Paris soit l’une des grandes capitales culturelles mondiales.

Navrante
La réaction inutilement polémique de Laurent Wauquiez à mon récent édito sur la situation préoccupante du Pôle Emploi. Pour le Secrétaire d’Etat à l’Emploi, tout va bien : réforme réussie, performance des prestations en direction des chômeurs, agents satisfaits. Les nombreuses réactions que j’ai reçues sur ce site traduisent malheureusement une tout autre réalité. Que celles et ceux qui ont bien voulu témoigner – souvent eux-mêmes personnels du Pôle Emploi – soient remerciés. J’aimerais surtout qu’ils soient entendus. Dans le Journal du Dimanche (4 octobre), François Chérèque, Secrétaire général de la CFDT, résume parfaitement leur état d’esprit : « Un agent s’occupe de 120 demandeurs d’emploi au mieux, et 200 au pire. Une fois indemnisés, les chômeurs ne sont pas reçus avant 3 à 5 mois, des salariés en contrat de transition professionnelle sont mis en attente (…) les agents perdent leurs repères et leur identité. Ils vont tout droit vers de graves difficultés humaines (…) Je tire la sonnette d’alarme ! »
Un constat qui rend plus légitime que jamais la proposition simple que je formulais la semaine dernière : une enquête parlementaire ou un audit extérieur afin de faire le bilan de cette réforme lancée le 1er janvier dernier et d’y apporter les correctifs profonds et urgents qui s’imposent manifestement, notamment en terme de moyens humains.

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