LES ÉDITOS

Mitterrand

9 mai 2011


10 mai 1981-10 mai 2011 : alors qu’une longue tranche de vie est passée, que tant de bonheurs et de malheurs, personnels ou collectifs, ont irrigué chacune de nos existences, les images de ce printemps-là restent, inaltérables et indélébiles. Elles gardent la fraîcheur d’une promesse. Comme si François Mitterrand incarnait aujourd’hui tellement plus que lui-même, et comme si la force d’avenir qu’il portait alors demeurait, trente ans après, inaccessible à tous les désenchantements. Si je cherche les ressorts de cette permanence et les secrets de cette durée, je les trouve dans des leçons qui échappent à l’époque si singulière de ce début des années 80, et qui valent, plus que jamais, pour la gauche, et pour la France, aujourd’hui.



Mitterrand, c’était d’abord un rapport avec la France. Il la connaissait, il l’aimait, il la comprenait, il était prêt à s’inscrire dans son histoire. Il disait même, en écho à l’illustre formule, qu’il n’avait pas besoin d’avoir de la France « une certaine idée », car il la vivait « physiquement », à travers ses paysages, sa littérature, sa langue, et l’extraordinaire diversité de son peuple… Et c’est cet amour de la France qui, au-delà des tours et des détours d’une vie tourmentée, lui a donné à la fois l’énergie de combattre et la volonté de persévérer. C’est cet amour qui justifiait pour lui l’engagement politique : « Cette France abîmée, comme il faudra s’occuper d’elle ! ». Là réside sans doute la clef de cette gravité, de cette humble fierté, qui lui ont donné, dans l’attitude, dans le langage, puis dans l’action, toute la mesure de la fonction à laquelle il aspirait.



Car cet homme qui fut si souvent et si complaisamment décrit comme calculateur, tacticien, voire cynique- et qui l’était sans doute, à certains égards- ne serait jamais devenu Président de la République s’il n’avait mis ses aspirations personnelles au service d’un projet collectif qui les dépassait, avec une grande ambition pour son pays. Peut-être lui est-il arrivé de penser que la fin justifie les moyens. Mais encore avait-il une fin. Et c’est bien cela dont la gauche, et la France, ont besoin aujourd’hui : une fin, c’est-à-dire un but, une destinée, un sens, un horizon commun. Prenons l’exemple de ces fameuses « alliances », sur lesquelles tant de stratégies savantes lui ont été attribuées. Lui, était convaincu que la gauche n’arriverait au pouvoir que rassemblée. Pour atteindre cet objectif, il partait d’un constat élémentaire : les Français qui avaient besoin de la gauche, qui avaient beaucoup à espérer d’elle, qui pouvaient reconnaître en elle leurs valeurs de justice, étaient les plus nombreux. Il fallait s’adresser à eux, parfois même par-dessus les appareils, et transformer ces millions d’attentes individuelles en millions de suffrages additionnés. Il fallait en somme, pour reprendre l’expression qu’il affectionnait, que la majorité politique du peuple français rencontre sa majorité sociale. Cela n’était arrivé qu’à deux moments de l’Histoire de France: le Front populaire et la Libération. 1981 fut la troisième fois. Puis il y eut 1988 et 1997.



2012 sera-t-elle la prochaine ? La réponse à cette question dépendra, pour nous tous, de la maîtrise d’une autre vertu mitterrandienne, et d’un trait si particulier de son génie : le sens du temps. Ne jamais brûler les étapes, et ne jamais perdre son temps- c’est un art, et Mitterrand y était passé maître. Il faut, pour arriver au pouvoir, et plus encore pour l’exercer, beaucoup de patience et de détermination. Mitterrand ne se décourageait jamais. Il savait que l’hiver était long, que le chemin était difficile, que la vie était faite de deuils qui paraissent d’abord insurmontables ; mais il n’a pas cessé d’avancer, inexorablement, insensible à l’offense, entraînant derrière lui quelques fidèles, puis un parti, puis le peuple de gauche, puis le peuple français. Il attendait l’occasion. Mais il la créait, aussi. Et il la saisissait, toujours.



En cette aube d’une année décisive pour notre pays, je souhaite que la gauche se souvienne de François Mitterrand avec gratitude, avec fidélité, et qu’elle puise dans la force de son exemple le courage et la volonté de se battre, de gagner, et de gouverner efficacement, dans la durée. Et qu’elle se rappelle ce soir de mai, où, sur la terrasse du Vieux Morvan, un homme allait à la rencontre de l’histoire avec ces mots que j’aimerais tant pouvoir entendre, à nouveau, demain : « Des centaines de millions d’hommes sur la Terre sauront ce soir que la France est prête à leur parler le langage qu’ils ont appris à aimer d’elle ».



Bertrand Delanoë

5 commentaires à “Mitterrand”

  1. Alain le Garrec dit :

    Cette France est de nouveau trés abimée, il faudra plus qu’une mandature pour la réparer. Il nous faudra agir de deux façons, sur le court terme par des mesures à effet immédiat, Logement, Emploi. Ce sera difficile, mais des mesures d’exception seront à imaginer. Puis sur le long terme pour que certaines dérives soient stoppées et non reconductibles…services publics! Il est donc important, avant 2012 que nous gagnions les Sénatoriales! seule condition que nous n’avons jamais eu!!! de modifier la Constitution.

  2. J. Gimenez dit :

    Il est vrai que la France est très abimée et si en 2012 la gauche accédait au pouvoir ce serait l’achèvement. Quant à l’imposteur qui est fêté par les socialistes en ce 10 mai il l’avait déjà laissée dans un triste état.

  3. Eric Bacher dit :

    La gauche voulait changer la vie et “la vie” a changé la gauche…

  4. Benamar dit :

    Salut,Rien a signaler pour DSK,Pourtant l’affaire depasse une simple agression sexuel;le pire est a venir.DSK connait les dossier sensible de la finance mondial;ça laisse a penser que de grande bouleversement finacier mondial vont apparaitre au grand jour,des crache bourssier des nation en faillite et pour boucler tout cela le clan DSK va sortir des grands dossier compromettant pour la droite a delanoe la marmite a force de bouillonner a va finir par exploser. Cordialement

  5. FONTAINE dit :

    bONJOUR,

    Juste pour indiquer à MR DELANOE que ses propos du 22 mai dernier sur CANAL + sont erronés.
    En effet, le CREDIT MUNICIPAL dont il vantait les mérites sur cette émission,
    m’a refusé un prêt sans aucune étude de mon dossier juste sur le fait que j’étais une famille monoporale avec deux enfants à charge, avec des revenus fixes.
    Quelle descrimination encore une fois et que de mensonges politiques

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