LES ÉDITOS

Minarets

2 décembre 2009

57,5% des électeurs hostiles à la construction de minarets. La « votation » organisée en Suisse suscite un malaise d’autant plus profond qu’elle s’inscrit dans un mouvement de forte poussée populiste en Europe. C’est malheureusement le cas au Danemark, Pays Bas, Autriche, ou Belgique. Et la France n’y échappe pas, où semble s’écrire la chronique d’une dérive inquiétante.

A travers les propos déplacés du ministre de l’Intérieur en marge d’un rassemblement de son parti. Par le lancement tacticien du débat sur « l’identité nationale », affublé d’un calendrier calqué sur celui des Régionales. Puis avec l’émergence artificielle des « mariages gris » dans le débat public.
Et la liste n’est pas exhaustive. Car, réagissant au vote suisse, c’est le porte parole adjoint de l’UMP qui déclarait : « Les salles de prière sont tout à fait indispensables mais pour autant, faut-il des minarets au sommet de ces salles de prière ? Moi, je n’en suis pas sûr. Il y a évidemment des clochers sur les églises mais ça, c’est un héritage historique, souvent antérieur d’ailleurs à la République. Pour le reste, il faut pouvoir assumer ses convictions sans que cela blesse qui que ce soit et notamment sans que cela transgresse le principe de laïcité ». Raisonnement édifiant. Inconfort révélateur. Les clochers seraient donc légitimes parce qu’appartenant à l’histoire d’avant la République, les minarets beaucoup moins, car arrivés après. Et la laïcité appelée en renfort pour conclure cette diatribe : quelle confusion ! A ma connaissance, on a construit des églises après l’avènement de la République, on en construit encore. Et à Paris, c’est en 1926 que fut érigée « la Grande Mosquée », avec son minaret de 33 mètres de hauteur, en hommage aux 100 000 morts musulmans qui avaient combattu pour la France. Pendant la seconde guerre mondiale, ce lieu verra même les FTP algériens héberger des familles juives dans l’attente de papiers pour atteindre la zone libre. Quitte à évoquer l’héritage historique, pourquoi pas celui-ci ? Pourquoi cette volonté permanente de souligner la différence pour mieux justifier le refus ou l’exclusion ? C’est le même principe qui conduit le gouvernement français à rejeter a priori toute perspective d’adhésion d’une nation amie à l’Union européenne. Ainsi, à la Turquie, pays musulman, semble s’appliquer le « syndrome du minaret ».

Disons-le : ici comme ailleurs, à force de stigmatiser un islam responsable, c’est un islam clandestin voire extrémiste dont on risque de faire le lit. La France ne reconnaît officiellement, ne subventionne, ni ne privilégie aucune religion. Mais elle respecte et garantit à chacun le droit de pratiquer librement. C’est cela la laïcité. Et aucun citoyen, aucune spiritualité, ne saurait être exclu de ce principe. Défini par Henri Pena-Ruiz : « Trop souvent les Hommes ont tendance à privilégier ce qui les divise. Avec la laïcité, il faut apprendre à vivre avec ses différences dans l’horizon de l’Universel. Sans jamais oublier qu’on a des intérêts communs en tant qu’Hommes ».

Un commentaire à “Minarets”

  1. Eric Bacher dit :

    Je ne crois pas que les Suisses aient rejeté la présence de la religion musulmane sur leur sol. Ce qu’ils ont tenté de dire, c’est qu’une certaine représentation de l’islam faites de prières publiques (comme à Barbès, à Puteaux ou à Marseille) en piscines réservées, de hidjabs en burkas, n’est pas conforme à l’image de tolérance que peut parfois se donner la religion musulmane. Ce qu’ils ont voulu exprimer c’est que la religion appartient au domaine privé et qu’un minaret est une intrusion sur le champ public. Et cela, il serait sensé de l’entendre en France. Les prières publiques rue Myrha, la Marseillaise sifflée, sont d’autant d’avancées guerrières d’un islam conquérant qui fait du prosélytisme sur les espaces que laisse la République.
    Et en Suisse, comme partout ailleurs, la presse et les bien-pensants critiquent unanimement l’avis du peuple exprimé par un exercice légitime de la démocratie.
    On se croirait revenu au 30 avril 2005 quand Serge July insultait dans un édito de Libération, les 55% d’électeurs qui avaient dit “Non” au Traité de constitution européen. Et l’on entend, abasourdi, Cohn-Bendit demander que les Suisses revotent…

    Un Céfran de souche

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