LES ÉDITOS

La bataille du logement

20 décembre 2009

Il fait froid… Et c’est, pour le gouvernement, l’occasion annuelle de redécouvrir ingénument – cyniquement ? – une sombre réalité : celle de la très grande exclusion. Avec une autosatisfaction qui laisse rêveur : « Le dispositif d’hébergement d’urgence est totalement au point » déclarait le 15 décembre M. Apparu, secrétaire d’Etat au logement, alors que le « 115 » est saturé, que le SAMU social est loin de pouvoir répondre à toutes les demandes, et que les centres d’accueil sont débordés.
Il y a ceux qui dorment dans la rue, et pour lesquels l’urgence est d’agir immédiatement. Et puis il y a ceux qui ont peur d’avoir un jour à dormir dans la rue : un sondage récent révélait que 60% des Français jugeaient possible de devenir sans domicile fixe. L’exclusion est une spirale : on y entre en quelques semaines (un licenciement, une séparation précipitent dans l’abîme les vies les plus installées), et on en sort très difficilement. Le monde de la rue est un univers tragiquement clos, où le découragement s’installe, où la maladie guette, et où la frontière s’atténue toujours entre l’équilibre mental et le trouble psychologique sévère. Et cela peut arriver à tout le monde. Ou presque.
Or quel doit être le rôle de l’Etat, sinon d’abord de protéger les plus faibles, et de répondre aux injustices les plus scandaleuses ? Et pourtant, devant l’urgence, le gouvernement annonce… une baisse des sommes consacrées au logement social, qui passent, au budget 2010, de 550 à 480 millions d’euros. L’Etat finance 92 000 logements sociaux, chiffre dérisoire au regard des besoins, qui sont, au bas mot, dix fois supérieurs. Quant à la loi SRU, de janvier 2000, qui impose 20% de logements sociaux dans 730 communes, elle n’est appliquée que par 400 d’entre elles. A quand des sanctions, des vraies, qui incitent réellement au respect de la loi ? Et la moindre des choses serait de mettre les moyens pour imposer des structures d’hébergement d’urgence dans les communes réfractaires au logement social.
Au lieu de présenter comme un but universel l’accession à la propriété (c’est ce mirage qui a d’ailleurs plongé les Etats-Unis dans la catastrophe des subprimes) le gouvernement devrait tout faire pour éviter que la crise ne fasse tomber les plus fragiles dans l’exclusion. Les expulsions pour impayés de loyer, avec intervention de la force publique, ont doublé ces dix dernières années. Un moratoire national s’impose, tout de suite. De même, une véritable réévaluation des aides au logement permettrait aux plus démunis de faire face, et de ne pas sombrer.
La ville de Paris, quant à elle, vient de voter son budget pour 2010. Plus de 2 milliards d’euros – près d’un tiers de nos dépenses- sont consacrés à la solidarité. Nous avons ouvert, cet hiver, de nouveaux centres d’hébergement. Nous avons créé une allocation « Paris logement », mise en place au 1er octobre, destinée aux ménages qui consacrent plus de 30% de leurs revenus à leur loyer. Nous augmentons de 38% les moyens consacrés au Fonds de solidarité pour le logement, qui permet notamment de financer les aides à la caution. Nous relevons le plafond de ressources de l’allocation destinée aux familles monoparentales, qui représentent près d’un tiers des foyers parisiens. Et nous avançons, inexorablement, sous les quolibets de l’UMP, vers un but dont nous ne dévierons pas : en 2014, avec six ans d’avance sur les objectifs de la loi SRU, Paris comptera 20% de logements sociaux.
Le gouvernement, lui, préfère visiblement utiliser l’argent public à d’autres fins : bouclier fiscal, baisse de la TVA dans la restauration, sondages confidentiels à l’usage du pouvoir…
A chacun ses priorités.
Preuve, s’il en fallait une, que la gauche et la droite, décidément, ce n’est pas la même chose.
Bertrand DELANOË

4 commentaires à “La bataille du logement”

  1. Cerragle dit :

    “Or quel doit être le rôle de l’Etat, sinon d’abord de protéger les plus faibles, et de répondre aux injustices les plus scandaleuses ?…” Comme de renvoyer 9 Afghans dans leur pays.
    Je crois qu’il faudrait un commentaire et une action du Maire de Paris et des élus qui se sentent concernés.

  2. POGU Sonia dit :

    Bonjour Monsieur le Maire

    Je vous souhaite une bonne continuation professionnelle et passez de très agréables fêtes.
    ,

  3. Voici une lettre expédiée aux élus de toutes régions et dont beaucoup de blog
    sur over blog se font échos…

    « Monsieur le député

    Je vous transmets la lettre ouverte que je soutiens et réclame de suite la mise en application de la promesse du candidat Sarkozy concernant les sans abris.
    Soyez certain que je saurais me souvenir de ceux qui auront agit activement au moment d’aller voter à toutes les élections.
    Dans l’attente de votre réaction, recevez mes salutations d’électeur.
    Madame la députée, monsieur le député,
    Nous voici rendus à la période annuelle de grand froid et je me permets d’attirer votre attention sur les conditions de vie des sans logis et les non mesures prises pour éradiquer la misère qu’ils représentent.
    Je me permets de vous rappeler la déclaration du candidat Nicolas Sarkozy lors de son meeting à Charleville Mézières le 18 décembre 2006 :
    - »Je veux, si je suis élu président de la république, que d’ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid. Parce que le droit à l’hébergement, je vais vous le dire, c’est une obligation humaine. Mes chers amis, comprenez-le bien : si on n’est plus choqués quand quelqu’un n’a pas de toit lorsqu’il fait froid et qu’il est obligé de dormir dehors, c’est tout l’équilibre de la société où vous voulez que vos enfants vivent en paix qui s’en trouvera remis en cause. »
    Partant de ce postulat, je vous pose brutalement la question :
    - » Qu’avez-vous fait aujourd’hui pour qu’un tel discours devienne réalité ? »
    Ma réponse est : Rien !
    Vous n’avez même pas été capables de prendre des mesures de nature à réduire le nombre de ces malheureux.
    Si vous appartenez à l’opposition, il est curieux que vous restiez ainsi muet sur cette facette dégradante de notre pays, alors que votre rôle serait d’exiger l’application des promesses de campagne du Président et, bien évidemment de tous ceux qui ont été élus pour appliquer la politique qu’il préconisait alors.
    Si vous êtes de la majorité, honte à vous de préférer voter aveuglément des lois iniques comme celle qui a empêché l’interdiction d’une secte. Je comprends que s’occuper des SDF n’est ni gratifiant ni d’un rapport électoral majeur puisque ces personnes ne votent pas, mais si tel est le cas, vous démontrez de façon éclatante que votre soucis est plus axé sur votre carrière que sur la vie humaine car des femmes et des hommes meurent de froid et pas nécessairement à Paris.
    Pourquoi j’évoque Paris ?
    Parce que votre télévision nous montre des personnes qui vivent dans les rues de la capitale, et de préférence celles qui refusent l’hébergement collectif que vous proposez suite à un classement absurde du plan tout aussi absurde « grand froid ». Absurde, car les sans abri ne meurent pas dans la rue seulement en hiver de même qu’ils ne meurent pas qu’à Paris, absurde, car des solutions pérennes existent et ne dépendent que de la seule volonté politique : la votre, absurde enfin parce que vous détournez votre regard vers les bénévoles et associations pour pallier votre incurie.
    Je vous le demande, au nom de ceux qui n’ont pas l’occasion de vous exprimer leur souffrance, légiférez si vous le souhaitez, mais pas dans le genre loi DALO qui ne sert pratiquement à rien, prenez ou faites prendre des mesures, des vrais, pour fournir des logements à tous ces abandonnés de la société dont le nombre prolifère par manque de soutien de l’Etat : votre soutien.
    Des casernes à présent inoccupées, des bâtiments publics inutilisés, des immeubles entiers que des particuliers gardent dans un but purement spéculatif, voilà quelques exemples de logements potentiels qu’il suffirait d’aménager pour fournir un abri annuel à tous ces pauvres gens, même si des travaux devraient être réalisés dont le financement pourrait provenir d’un prélèvement sur le « grand emprunt ».
    En tout état de causes, je vous prie de reprendre connaissance de cette déclaration du président qui n’a pas tenu parole à ce jour et à qui vous pouvez, au nom de la cohésion nationale qui lui tient tant à cœur, rappeler son devoir de chef de l’état.
    Ne vous comportez pas comme un mouton suivant le berger, prenez l’initiative, exigez, par delà la peur de perdre votre siège, que le mot « solidarité » prenne un sens, exigez que plus personne ne meure dans la rue abandonné par la société dont vous êtes l’un des représentants.
    Nous sommes un groupe de blogueurs qui lançons un appel pour que les promesses en la matière soient tenues, et pas seulement dans le cadre des fêtes de fin d’année propices à l’ »attendrissement » de la population, mais de manière immédiate et durable. Nous ne manquerons pas de « faire grandir » la chaîne qui est en train de se mettre en place jusqu’à ce que la réalité rejoigne le discours.
    Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes salutations citoyennes.

    philippe.raybaud2@orange.fr

  4. philippe dit :

    Bravo à l’intervenant ci-dessus!

    Je rajouterai: La gauche et la droite, c’est la même chose!
    Même mépris, même passivité face au probleme de précarité.

    Monsieur Delanoé, vous êtes un maire absent!

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