LES ÉDITOS

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L’après Copenhague commence aujourd’hui

22 décembre 2009

Un sommet de déception.

Aucun objectif chiffré de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Aucun engagement contraignant pesant sur les Etats. Et des perspectives aléatoires au chapitre de la solidarité avec les pays pauvres. Au bout du compte, la diminution de moitié des émissions mondiales de CO2 d’ici 2050 n’est même pas évoquée dans l’accord de Copenhague. Dès lors, même si l’ambition de contenir la hausse des températures terrestres à 2° est réaffirmée, rien, dans les faits, ne corrobore un tel principe.


Et maintenant ? D’abord, constater l’échec. Le déficit d’une vraie gouvernance mondiale. Mais aussi l’intransigeance des Etats-Unis et de la Chine. Dans la dernière ligne droite, ce sont eux qui ont négocié la version finale de ce compromis famélique. Soulignant par là même le rôle secondaire de l’Europe. Celle-ci abordait pourtant le rendez-vous danois avec des atouts : crédible, puisqu’elle est la seule à pouvoir atteindre les objectifs de Kyoto, pionnière, puisqu’elle est la première à avoir mis en place un marché de quotas d’émissions de CO2, elle semblait également la plus ouverte à un soutien significatif aux pays africains. Seulement voilà, l’Europe ne s’est jamais exprimée en tant que telle, affaiblie par ses divisions autant que par son impréparation.
Après coup, la stratégie de Nicolas Sarkozy semble d’ailleurs sanctionnée par l’issue du sommet. Le rapprochement opéré avec le Brésil n’a pas produit les résultats escomptés. D’évidence, la France aurait du être à l’impulsion d’une dynamique européenne cohérente. Négliger cette étape prioritaire fut une erreur : elle a rendu impossible tout rapport de forces avec nos interlocuteurs américains et chinois.


Une question : pourquoi, à l’issue d’un tel événement, le Président n’a-t-il pas jugé utile de s’adresser directement aux Français ? Depuis plusieurs mois, et à juste titre, on leur a dit l’importance vitale de Copenhague. Mais une fois la désillusion avérée, silence, on passe à autre chose. La situation justifiait une déclaration solennelle : pour rendre des comptes mais aussi pour dessiner des perspectives. Car si ce sommet a échoué, la menace climatique demeure. Plus que jamais, une initiative européenne est donc indispensable. Dépasser l’égoïsme des logiques nationales et assumer ses responsabilités propres, sans être à la remorque d’engagements hypothétiques d’autres acteurs mondiaux, notamment dans nos rapports avec les nations les plus pauvres.


Mais l’autre enseignement de Copenhague, c’est aussi la nécessité de ne pas considérer les Etats comme seuls « praticiens » de cet enjeu planétaire. Les Organisations Non Gouvernementales ont une légitimité qui doit être mieux reconnue. Les collectivités territoriales aussi. Véritables « laboratoires » de la lutte contre le réchauffement climatique, elles démontrent au quotidien un souci de résultat et une compétence opérationnelle, désormais prises en considération – même insuffisamment – par les instances internationales. A leur niveau et loin de tout dogmatisme, c’est un nouveau modèle de développement qui se met en œuvre, mêlant justice sociale et croissance écologique.


Dans les premiers jours de janvier, je ferai donc une proposition afin qu’autour de la première association des villes mondiales, CGLU, dont je suis le président, nous puissions collectivement donner une nouvelle dimension à nos partenariats en matière d’innovation et de solidarité environnementale. Car après Copenhague, la responsabilité de chacun est plus intensément engagée que jamais. Si les Etats n’ont malheureusement pas été à la hauteur de l’enjeu, nul ne doit renoncer. C’est ce message d’espoir et de détermination que doivent désormais porter les collectivités à l’échelle de la planète.


Bertrand Delanoë

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