LES ÉDITOS

Comment Paris relève le défi du développement durable

23 novembre 2009

Conseil de Paris, séance du 23 novembre 2009


Mes chers collègues,



Le sujet que nous abordons ce matin – le développement durable – relève de l’urgence. Car l’heure n’est plus au diagnostic, mais à l’action. Le dérèglement climatique n’attend pas, il engendre des catastrophes multiples sur toute la planète. Des sécheresses sévissent en Afrique, comme dans certaines régions du Tchad où la terre est devenue stérile au point de rendre l’agriculture impossible. La fonte des glaces polaires menace les populations insulaires du Pacifique. Des inondations tuent des milliers de personnes en Asie. Ici même, dans notre capitale, l’évolution possible des conditions météorologiques assimilerait, dans 60 ans, le climat parisien à celui du sud de la péninsule ibérique. Il faut donc anticiper et entreprendre.


C’est le défi du sommet de Copenhague, qui offre l’occasion historique d’une réorientation globale des stratégies industrielles. Kyoto avait ouvert la voie. Mais c’était une ouverture partielle, comme si cette menace planétaire ne concernait qu’une partie du monde. A Copenhague, nous attendons des gouvernements qu’ils s’engagent, ensemble, sur des objectifs chiffrés de réduction des gaz à effet de serre, sur un calendrier de mise en œuvre, et sur des moyens appropriés. Et ayons le courage de dire qu’il faudra dès lors prévoir en même temps des règles juridiques contraignantes. Mais Copenhague, c’est aussi l’occasion de s’entendre sur les aides financières et les transferts de technologies sans lesquels les pays émergents ne pourront pas suivre le mouvement. Car prétendre lutter contre le réchauffement climatique sans la Chine, l’Inde ou le Brésil serait une illusion. Et ce serait aussi une grave erreur de lancer ce combat sans réfléchir à un véritable codéveloppement avec le continent africain, condition de la régulation écologique mondiale.


Sur tous ces sujets, les collectivités locales ont un rôle majeur à jouer, comme acteurs essentiels de la lutte contre le réchauffement climatique. Dans les villes, où vit désormais plus de la moitié de l’humanité, les progrès se mesurent jour après jour, et chacun doit évidemment y contribuer. Les métropoles ont d’ores et déjà modifié l’organisation de leurs déplacements, de leurs règles d’urbanisme, de leur politique foncière et même de leur gestion de l’eau. A Paris, si nous remunicipalisons, c’est notamment pour cette raison. Mais la ville, ce n’est pas un tout homogène, c’est une somme d’interventions des institutions, des professionnels, des associations et des citoyens, qui doivent nous faire entrer dans une nouvelle ère de notre organisation collective.


C’est dans cet esprit, et à l’intérieur de cette dynamique, que nous envisageons l’action de la Ville de Paris.


Cette action répond à une feuille de route, avec ses objectifs et son calendrier : le Plan climat, qui vise, à l’horizon 2020, 25% d’énergies renouvelables dans l’ensemble de notre consommation et 25% de diminution des émissions de gaz à effet de serre. Pour nous donner les moyens de ces ambitions, nous installerons, d’ici 2014, 200 000 m2 de panneaux photovoltaïques dans notre ville, dont 25 000 sur des équipements municipaux. Des perspectives très intéressantes se profilent également pour l’installation d’éoliennes urbaines, aux Buttes Chaumont, à Montmartre, à Belleville et avenue de France. Une première expérience sera conduite dans les tous prochains mois, à la Maison de l’Air, dans le 20ème arrondissement. Nous étudions d’autre part la possibilité d’utiliser les eaux usées et les boues pour en récupérer de l’énergie, en exploitant une partie de la chaleur qu’elles dégagent.


Mais c’est avant tout sur le bâti que nous devons agir, avec pragmatisme et efficacité, en associant tous les acteurs concernés. Depuis 2006 tous les logements sociaux et tous les bâtiments publics construits à Paris sont aux normes Haute qualité environnementale. En outre, à la fin de cette année, les bailleurs sociaux auront réalisé un diagnostic énergétique de leur patrimoine et engagé une programmation de travaux à réaliser afin de réhabiliter 55 000 logements d’ici 2020. Dès 2009, ce sont ainsi 4.400 logements qui sont concernés par ces mesures, et 4.500 le seront ensuite chaque année.


Mais le développement durable repose aussi bien entendu sur une conception innovante de la mobilité. Dans la ville du 21ème siècle, la voiture individuelle polluante ne peut plus être le principal mode de déplacement. Grâce notamment au développement des transports en commun, aux couloirs de bus, au tramway, à Vélib’, à Voguéo, nous avons déjà enregistré, en cinq ans, une baisse de 32% de la pollution de proximité et de 9% des émissions de gaz à effet de serre. Et cette mandature marquera une nouvelle impulsion avec la prolongation du tramway jusqu’à la Porte de la Chapelle, et l’aménagement de 200 km de pistes cyclables supplémentaires. D’autre part, la place de la République et la place Clichy seront rénovées, pour accroître la place des espaces verts et favoriser les transports collectifs. Et avec Autolib’, pour lequel l’appel d’offres sera lancé dans les prochaines semaines, c’est une autre façon de vivre et de se déplacer dans la ville que nous allons inventer, avec 28 communes voisines : plus de 1 000 stations seront implantées, dont 700 dans Paris intra muros, et 3 000 véhicules électriques seront disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Ce projet, comme l’ensemble de notre politique des déplacements, répond à une logique claire : offrir à chaque Parisien assez de choix et de liberté en matière de transports, pour qu’il n’ait plus besoin de posséder une voiture. Mais il faut élargir toujours l’échelle à laquelle on pense. Nous avons ainsi beaucoup contribué ces dernières années au développement de l’offre de transports banlieue à banlieue, et ce mouvement doit s’amplifier. Nous y sommes particulièrement attachés, avec la Région. Et le Syndicat des transports d’Ile de France en est l’instrument indispensable et précieux : autant dire que nous accueillons avec la plus vive inquiétude les projets de démantèlement et de déstabilisation du STIF, qui représentent non seulement une régression démocratique mais une menace pour le cadre de vie des citoyens.


Mais le cadre de vie, c’est toute la ville, son dessin, sa conception, son paysage. Et c’est ainsi l’ensemble de l’urbanisme parisien qui est inspiré par l’exigence environnementale. Le PLU constitue à cet égard un outil essentiel de la mise en œuvre du Plan Climat. Je pense aux éco-quartiers qui intègrent la mixité sociale, la maîtrise des ressources naturelles, et la lutte contre toutes les nuisances, en particulier le bruit. Ainsi, la ZAC Batignolles, dans le 17ème arrondissement, vise un bilan nul d’émission de CO2 : ce résultat sera notamment atteint par le recours à la géothermie et aux panneaux solaires. A la gare de Rungis, dans le 13ème, nous avons pour objectif une consommation d’énergie inférieure à 50% de la réglementation thermique. La ZAC Pajol, dans le 18ème, accueillera la plus grande unité de production photovoltaïque en centre ville existant à ce jour en France. Et je tiens à mentionner l’opération pilote menée à Fréquel-Fontarabie dans le 20ème, qui vient d’être primée dans le cadre du programme national des éco-quartiers. Il s’agit d’une opération exemplaire d’installation de panneaux solaires, de récupération des eaux de pluie et de réhabilitation des logements sociaux.


La vérité est que le développement durable englobe tous les domaines de l’action municipale. Ce n’est pas une question strictement environnementale. C’est un enjeu social, car les plus fragiles sont aussi les plus exposés à la crise écologique. Dans cet esprit, l’isolation des bâtiments réduit la consommation énergétique et donc les charges locatives des ménages. En outre, une mission créée au CASVP vise à garantir à chacun l’accès au chauffage, à l’eau chaude et à l’électricité. Et l’aide Paris énergie familles, qui bénéficie à plus de 30 000 ménages, permet de soutenir dans leurs dépenses d’électricité et de gaz les foyers non imposables.


C’est donc bien un enjeu social. Et c’est aussi un défi économique, pour l’emploi et pour la croissance- mais pour une croissance écologique. Les éco-activités représentent d’ores et déjà 112 000 emplois en Ile de France. Elles sont donc bien l’un des instruments les plus puissants pour combattre le chômage, et nous pouvons aller beaucoup plus loin, et nous fixer des objectifs très ambitieux. C’est en effet un secteur d’innovation, de créativité, d’intelligence collective. Notre Ville y croit et s’y implique avec force. Nous utilisons donc tous les leviers, y compris bien sûr ceux de la commande publique. Ainsi, tous les marchés de prestations et de fournitures gérés par la Direction des achats nouvellement créée intégreront des clauses contraignantes de développement durable.


Mais je tiens à insister sur un point : sans l’engagement actif, réel, de chaque Parisienne et de chaque Parisien, l’objectif sera imparfaitement atteint. C’est pourquoi nous avons lancé ces dernières années plusieurs campagnes de communication, pour encourager les ménages et les entreprises à maintenir leur température intérieure à 19 degrés maximum. De même, nous travaillons à des mesures incitatives pour amener chaque foyer à trier systématiquement ses déchets, et à ne pas laisser couler l’eau inutilement.


Oui, mes chers collègues, le développement durable est bien une responsabilité collective. Je remercie très sincèrement Anne Hidalgo, Denis Baupin, et l’ensemble de l’exécutif, de mener ce combat, car c’en est un, de façon efficace et solidaire. La planète doit faire face, collectivement, à une urgence, assumer une prise de conscience et affronter les défis avec ténacité. A son échelle, consciente de ses responsabilités de métropole, notre ville y prend toute sa part.

Un commentaire à “Comment Paris relève le défi du développement durable”

  1. Dear Mr Delanoe

    What you have written is fantastic. If each one of us does not put in our effort we will not be able to move towards a greener future.

    Even a developing nation like India is waking up to the danger of global warming and the endangered ecological system of our planet and there are many people I know who are trying to do their bit for a greener future.

    Because you are such a champion of great causes for the better future of our planet, we have been trying to contact you for an interview for our documentary on the Tibet struggle and His Holiness’ efforts in the same direction. You have been associated with him when you gave him Honourary Citizenship of Paris.

    We look forward to getting hearing from you in this regard.

    Warm regards and keep on inspiring us!

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