LES ÉDITOS

France Télévisions : ORTF ou BBC ?

5 juillet 2010


Le Président de la République vient donc – enfin – de révéler son choix pour la présidence de France Télévisions.


Loin de moi l’intention de contester ici le professionnalisme de la personnalité désignée ; en l’espèce elle n’est pas contestable.
Mais c’est la méthode qui, inévitablement, fait à nouveau débat.


Car désormais, quelles que soient ses qualités, le patron de l’audiovisuel public apparaîtra aux yeux de l’opinion comme placé sous tutelle. Finalement, cette façon de faire complique sa tâche, le confrontant de fait à une sorte de soupçon permanent : quoi qu’il fasse, il sera toujours suspect d’agir à la demande. L’exigence de sa mission rendrait pourtant nécessaire un processus clair, fondé sur des critères précis et incontestables, garants d’une vraie autonomie.


Pourquoi donc une telle évolution ? « Le système antérieur n’était pas bon » répond-on au sommet de l’Etat. L’argument est discutable mais il s’entend. Est-il pour autant justifié de lui en substituer un qui est pire ? Au moins le dispositif antérieur préservait-il l’autorité du conseil supérieur de l’audiovisuel. Et il garantissait un minimum de transparence à travers notamment les appels à candidature tranchés publiquement, sur la base de projets précis.


Si l’objectif – louable – était de progresser sur la voie de la modernisation, c’est-à-dire de l’indépendance, alors s’imposaient les exemples de la Grande Bretagne – le numéro un de la BBC est désigné par une instance impartiale et sans lien avec le pouvoir politique – et de l’Allemagne – chaque chaîne publique y est dotée d’un Conseil totalement indépendant.


Mais en s’inspirant d’un modèle qui ressemble davantage à l’ORTF, le pouvoir s’est rendu responsable d’une nouvelle régression de la démocratie. L’alibi d’un avis conforme du CSA – qu’on voit mal rejeter aujourd’hui une proposition émanant du Président de la République – ne change rien à l’affaire. Quant à la validation parlementaire, une majorité des trois cinquièmes étant indispensable pour rejeter éventuellement la « proposition » présidentielle, autant dire que cette étape sera strictement formelle.


Triste image que celle d’un pays où sont niées à la fois la stricte séparation des pouvoirs et l’universalité du service public. Car dans ce vaste démantèlement en cours – l’école, la justice, la police – l’audiovisuel est à son tour atteint. Fragilisé et cadenassé par un pouvoir que l’idée même de liberté semble décidément effrayer.


Bertrand Delanoë

3 commentaires à “France Télévisions : ORTF ou BBC ?”

  1. Bernadette David dit :

    Merci Bertrand Delanoe pour cette réaction claire : le procédé de cette nomination est inadmissible. Le pouvoir est aux abois, et fait feu de tout bois. Le PS n’a plus le droit à l’erreur pour 2012 : la situation anti-démocratique de ce pays est de plus en plus inquiétante. N’envisageons pas ce qui pourrait se passer si….

  2. ulmann Serge dit :

    Il y a déjà bien longtemps que je me demande si notre république en est encore une. On a fabriqué une république princière avec tout ce qui va avec. C’est répugnant. Le peuple ne réagit pas. Que lui faut-il? Les débordements de certains de nos ministres, après ceux de leur président est un scandale. Et l’on ne sait pas tout. En 2012 si la droite réitère au pouvoir, même si l’actuel président sortant est sorti, je crains que le pli ne puisse se défaire. Merci Bertrand Delanoë pour ce commentaire qui devrait pour tous comme pour moi, inspirer une certaine inquiétude pour l’avenir de notre pays.

  3. Pascoli Edouard dit :

    Le problème est, qu’éventuellement, ce sont les excès de libertés qui condamnent un Occident quelque peu décadent (du moins en termes de croissance).. Mais je vais faire polémique bien entendu!

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