LES ÉDITOS

Evaluer !

7 décembre 2009

Janvier 2008 : le gouvernement annonce sa décision d’évaluer les politiques publiques de chaque ministère. L’annonce rencontre un très fort écho médiatique. Eric Besson, alors Secrétaire d’Etat chargé « de la Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques », précise sur RTL (16 janvier 2008) la finalité de cette décision : aider le premier ministre à « évaluer les écarts éventuels entre les objectifs et les réalisations ». Et il ajoute : « L’évaluation, c’est une culture qui est en train d’imprégner la France. C’est une bonne nouvelle pour la France ». Deux ans plus tard, pourtant, nulle trace des suites de ce projet.

Désormais, c’est Nathalie Kosciusko-Morizet qui est en charge de « la prospective et du développement de l’économie numérique ». Entre temps, « l’évaluation » a donc disparu de l’intitulé. Pourquoi ? J’estime que les Français ont le droit de savoir à quels enseignements, quels recadrages, quels résultats, a conduit ce processus. Légitimement, ils peuvent aspirer à ce que le gouvernement leur rende des comptes sur ce dossier emblématique. Car proclamer sans cesse sa « volonté réformiste » est une chose : mais l’illustrer dans les faits en est une autre. La liste est d’ailleurs longue des réformes pour lesquelles cette logique d’évaluation aurait dû s’appliquer. Par exemple, celle de la nouvelle carte judiciaire. Ou le plan « espoir banlieue », en stand by depuis deux ans. De même, quel est le vrai bilan de la réforme des régimes spéciaux de retraites et de son coût réel pour la collectivité ? Et à quand une évaluation de la réforme sur le « service minimum » dans les transports ? Surtout, il est un domaine dans lequel chacun aimerait que soient déterminés « les écarts entre les objectifs et les réalisations » : celui de la lutte contre le chômage.


Celui-ci a explosé en octobre. 52 400 inscrits supplémentaires – notamment des jeunes – un chiffre plus de deux fois supérieur à celui de septembre. Comment le gouvernement évalue-t-il l’efficacité de son action dans ce domaine depuis 2007 ? En particulier, l’impact sur l’emploi de la défiscalisation des heures supplémentaires ? Face à ce véritable drame social, une autre question se pose : quel regard le gouvernement jette-t-il sur la fusion ANPE/ASSEDIC dans « Pôle Emploi » ? Vaste réforme dont les ratés m’ont déjà conduit, sur ce site, à tirer récemment la sonnette d’alarme : non, l’efficacité n’est pas au rendez-vous, oui, des moyens humains supplémentaires doivent impérativement renforcer cet instrument stratégique. Sur le coup, l’actuel Secrétaire d’Etat à l’Emploi avait balayé mes remarques – pourtant constructives – d’un revers de manche. Or, aujourd’hui, c’est la direction de Pôle Emploi qui le reconnaît : chacun de ses conseillers gère en moyenne 94 dossiers, là où à l’origine, l’objectif de Nicolas Sarkozy se situait entre 30 et 60 maximum. Situation intenable. Quand le nombre d’inscrits à Pôle Emploi croît à un rythme exponentiel, les personnels de cette structure sont confrontés à une mission impossible. Résultat : l’outil ne peut pas garantir aux chômeurs, l’écoute, l’information et la capacité d’orientation dont ils auraient besoin. Avec vingt quatre mois de retard, le gouvernement a le devoir de mettre en œuvre un engagement qu’il s’était empressé « d’oublier » : évaluer, assumer la réalité, et surtout corriger. Il y a urgence.

2 commentaires à “Evaluer !”

  1. Phil dit :

    bien vu.
    et Pôle emploi vient de dire qu’il va va recourir à des contrats précaires pour “éponger” des dossiers qui trainent.
    M.Wauquiez ferait mieux de bosser + et mieux au lieu de “faire le beau” sur le net…

    D’autant qu’Eurostat (agence statistique de l’UE) a cette semaine parfaitement démontré que la France est LOIN d’avoir le chômage le + bas: elle fait moins bien que la moyenne des 27 pays de l’UE et, dans la seule zone euro, on fait moins bien que l’Allemagne et même que l’Italie!

    Leur autosatisfaction continue et leurs “on n’a fait auune faute dans cette crise” n’en sont que + insupportables…

  2. DRILLON dit :

    Notre association milite et agit depuis maintenant deux ans pour l’évaluation des politiques publiques et la participation citoyenne aux décisions politiques. La disparition du Secrétariat d’Etat en charge de cette activité est un signe fort du désengagement de l’Etat… ce que nous ne pouvons que regretter pour notre démocratie. Bien sûr, l’évaluation existe dans les cercles de l’administration, mais dans une finalité de gestion, au service d’une performance économique. Mais que dire de la cohésion sociale, de la justice sociale ? Débattons en…

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