LES ÉDITOS

Été amer

24 août 2010



L’été qui s’achève laissera un goût amer dans la bouche de nombreux Français, à commencer par ceux – plus de la moitié des familles de notre pays – qui n’ont pas pu partir en vacances. Car la période estivale, traditionnellement celle qui offre à chacun un moment de répit, de sourire, de convivialité, n’aura pu masquer cette année, la gravité d’une situation sociale de plus en plus préoccupante. Pourtant, dans ce contexte, le gouvernement a choisi de concentrer tout son discours sur une seule problématique : la sécurité. Pour quels effets crédibles, quels moyens humains et budgétaires supplémentaires, quelles innovations susceptibles d’améliorer le quotidien des habitants ? Aucun. D’évidence, l’objectif poursuivi est d’une autre nature. Pourtant, en République, la sécurité ne peut se limiter à un concours médiatique d’engagements inconstitutionnels, auquel se sont livrés avec indécence les représentants du pouvoir.



En cette rentrée 2010, il n’est donc pas inutile de le rappeler ici : on ne juge une action politique que sur des faits mesurables. Et cela s’applique à la sécurité, comme à toutes les compétences régaliennes de l’Etat. De ce point de vue, on peut légitimement affirmer que la sécurité est le plus grand échec de Nicolas Sarkozy. Depuis 2003, les violences et agressions sur les personnes ont augmenté de 16%. Dans le même temps, la police de proximité était supprimée et les effectifs des forces de l’ordre réduits de 10 000 postes en cinq ans. Dans ces conditions, le pouvoir peut bien gloser sur le soi-disant « angélisme » de la gauche : le bilan du gouvernement Jospin de 1997 à 2002 (à lire sur le sujet, la remarquable tribune de l’ancien premier ministre socialiste dans le Monde daté du 24 août) est autrement plus dense que celui, accablant, de l’équipe actuelle. Agir pour la sécurité, c’est garantir une présence significative et constante des agents de l’Etat sur le terrain ; c’est doter notre police des moyens technologiques indispensables ; c’est travailler en synergie avec les élus locaux, plutôt que d’engager avec eux une polémique aussi stérile qu’injuste. Mais c’est aussi traiter chaque source d’insécurité en amont. Par exemple, en s’inquiétant des signes grandissants de discrimination (racisme, antisémitisme, homophobie) au sein d’une école qui ne parvient plus à assumer sa mission ; en prenant conscience du soutien que sollicite en vain le monde associatif ; et en posant enfin des actes au service de cette « banlieue » si souvent stigmatisée mais toujours en attente d’un « Plan Marshall » annoncé dès 2007. Et puis, comment le nier, l’enjeu de la sécurité est aussi un enjeu international qui implique des politiques concertées avec nos voisins, une coopération poussée, notamment en matière de renseignement, et la recherche permanente d’une cohérence européenne dont la France devrait être l’un des moteurs. Là encore, la démarche du gouvernement n’est malheureusement pas à la hauteur. Est-ce la raison qui explique cette dérive des paroles haineuses et des concepts nauséabonds ? Comme si pour compenser l’inefficacité de plus en plus avérée de son action, la droite avait choisi la brutalité de plus en plus assumée de son discours. Dangereux pari. Car on ne construit jamais rien d’enviable sur le terreau du populisme, de la souffrance sociale, du rejet de l’autre et de la démagogie. A l’heure où près d’un quart des jeunes actifs de 15 à 24 ans sont actuellement au chômage, dans un pays où 10 millions de nos concitoyens sont mal logés (statistique publiée par la Fondation Abbé Pierre), la France a plus que jamais besoin de solidarité, de justice, de repères, de vérité et… de résultats.


Constat qui établit, par contraste, l’incompétence de ce pouvoir. Et qui, avec exigence, dessine dès maintenant les contours d’une feuille de route pour toute la gauche.



Bertrand Delanoë

8 commentaires à “Été amer”

  1. Eric Bacher dit :

    “1792, 1848, 1871, 1936, 1944, 1968, 1981…
    Quand la nuit essaye de revenir, il faut allumer les grandes dates comme on allume les flambeaux, disait Victor Hugo”

    Régis Debray

  2. dingdong dit :

    C’est facile de tenir ces propos quand le maire de Paris ne fait rien contre l’insécurité ou s’en fout…

    Le maire de Paris n’a aucun pouvoir de police ?

    Pourquoi n’y a t-il pas de police municipale à Paris ?

    Trop facile de parler de xénophobie ou de racisme quand on habite dans les beaux quartiers ou avec des officiers de sécurité.

    On vous voit jamais sur le terrain.

    Les violences à Charléty, Belleville, dans le 19ème, dans le 15ème, à la Goutte d’Or sont une invention ??????????????????????????????????????????????????????????????
    Rien ne s’est passé ?

    Il faut vraiment ouvrir les yeux. Les parisiens ne vous comprennent plus.
    Il ne sert à rien de nier la réalité ou de l’ignorer. Les faits sont là.

    Trop facile de parler de vivre-ensemble (mais surtout pas pour soi ou à côté de chez soi…).
    quand vous ne subissez pas ces familles installées dans des HLM que vous avez récemment construits par idéologie (familles débarquées de banlieue parisienne avec 10 gosses, en échec scolaire ou ne parlant même pas le français).

  3. PASCAL HUMBERT dit :

    IL DOIT Y AVOIR ACCORD SUR LA LITANIE DES COMPLAINTES SUR Les actions de NS.
    MAIS ce que je voudrais ententre ce n’est pas ce qui va mal, c’est ce que le PS propose :-) ) Ca va commencer à urger, une politique “contre”, ce n’est pas suffisant.

  4. THEBAUD dit :

    Ce qui laisse aussi un goût amer en cette fin d’été , c’est l’annonce d’un accord financier soi-disant passé avec Chirac/ump et consorts et la mairie de Paris à propos des emplois fictifs.

    Percevoir l’argent détourné OK peut-être , mais aucune raison à ne pas se porter partie civile néanmoins au nom de la morale politique!

    Sinon quel mauvais signal donné à ceux qui disent souvent (à tort j’en conviens) : “tous pourris!!!”
    Chirac mérite d’être au moins puni d’une peine de sursis. Pour l’exemple
    Franchement , Monsieur Delanoe, si ce que rapporte la presse est vrai,vous me décevez une fois de plus.

    Un sympathisant ps

  5. [...] 20h, je commence à rédiger la tribune des élus de notre groupe pour le prochain journal municipal. Cet été j’ai eu honte de mon pays, et en cette rentrée, j’ai la nausée ! Cet été m’a laissé « un gout amer » comme le dit très justement Bertand Delanoe dans la tribune publiée sur son blog. [...]

  6. pipo dit :

    Vous vivez dans quel monde ?
    Démissionnez !
    L’insécurité est un fantasme ?
    Tous vos concepts fumeux de bisounours (vivre ensemble, tolérance, solidarité, etc) ne tiennent plus devant l’examen des faits. La réalité vous explose en pleine face.
    Allez vous promener Gare du Nord, Porte de Vanves, Porte d’Orléans, au métro Chateau Rouge, aux Halles, le soir et sans gardes du corps, pour constater les ravages de votre politique.

  7. jpb dit :

    Encore faut-il que cette feuille de route ait comme priorité de présenter un scénario crédible dans lequel le citoyen puisse se projeter et se retrouver, et ne soit pas un programme à rallonge sans ligne directrice clairement posée.

    Comment créer de la richesse avant que de la redistribuer ?
    Comment mettre en oeuvre le salaire citoyen universel personnalisé pour répondre à la fin du mythe du plein emploi ?
    Comment trouver les moyens d’investir par une réforme de l’impôt ?

    Il reste ensuite à rajouter les choix technologiques pour réussir le passage de la fin des énergies fossiles aux énergies renouvelables.

  8. Jean Khatir dit :

    Un été Amer??!! il manque pas culot Delanoë comme les autres, il a tripler la taxe foncière des parisiens en une seule fois, dans ces périodes très diffiicle, comme si la crise ne touche pas les français, surtout pas les Parisiens!!.
    Il a compris, tous les francais sont des cons et oublient vite. Le gout Amer dit-on. Il faut fuir ce pays il faut fuire plus rien n’étonne , quel laxisme!!
    Enfi si il n’y a plus de mutations, c’est qu’il n’y a plus d’argent et encore moins la confianxce avec ces gens la.

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