LES ÉDITOS

De la vérité en politique

20 février 2012

Le candidat sortant semble avoir trouvé son angle d’attaque. Comptable de l’action publique conduite depuis cinq ans, garant, par sa fonction, de l’unité de la nation, on aurait pu attendre de lui un cap, un objectif, un horizon fixé au pays. Il a préféré un autre langage, il a choisi une autre stratégie : l’invective. Un mot règne sur sa campagne : « Menteur ». « François Hollande ment matin et soir », voilà le souffle donné par Nicolas Sarkozy à son opération de reconquête. Pour l’honneur de la politique, je souhaite revenir un instant sur cette notion de vérité, sur ce qu’elle signifie réellement, et sur les scrupules qu’elle devrait imposer à ceux qui l’invoquent avec impudence.

L’exigence de vérité, c’est d’abord de dire ce qui est. C’est aussi d’avoir l’honnêteté intellectuelle de confronter ce que l’on a dit, annoncé, prédit et surtout promis, à ce que l’on a fait. Le Président de la République invoque la vérité comme critère devant départager les candidats à l’élection de 2012…. Sans doute gagnerait-il à être plus prudent. Je laisse chacun en juger à travers quelques exemples :

-Il y a cinq ans, candidat du « plein-emploi », il annonçait qu’il ramènerait le chômage à 5%. Interrogé, sur France 2, le 1er décembre 2006, assez clairement : « Si vous êtes élu et que au bout de votre mandat ce chiffre n’est pas atteint vous dites : je ne peux pas me représenter ? », la réponse n’avait pas été moins claire : « Je dis aux Français : c’est un échec, j’ai échoué, et c’est aux Français d’en tirer les conséquences ». Le chômage frappe aujourd’hui 10% de la population active, soit 3 millions de personnes : 1 million de plus qu’il y a cinq ans. Aux Français d’en tirer à présent « les conséquences ».
-Le 17 mars 2007, un mois avant d’être élu, le candidat Sarkozy promettait un « plan Marshall » pour « former les jeunes des quartiers », « pour que les jeunes aient une chance ». Les jeunes attendent toujours.
-En mars 2008, Nicolas Sarkozy déclarait, à propos de l’augmentation de l’âge légal du départ à la retraite : « Je n’en ai pas parlé pendant ma campagne présidentielle. Ce n’est pas un engagement que j’ai pris devant les Français. Je n’ai pas de mandat pour cela. » On connaît la suite.
-A l’automne 2008, à Toulon, confronté à l’émergence de cette crise qu’il se flatte aujourd’hui si légèrement d’avoir maîtrisée, le Président de la République prenait cet engagement : « Les responsabilités doivent être recherchées et les responsables de ce naufrage sanctionnés. L’impunité serait immorale. On ne peut pas se contenter de faire payer les actionnaires, les clients et les salariés les plus modestes en exonérant les principaux responsables ». On ne saurait mieux dire… et je le renvoie à son bilan.
-En septembre 2009, annonçant l’instauration d’une taxe carbone, le chef de l’Etat présentait cette innovation comme « une grande réforme comme la décolonisation, l’élection du Président de la République au suffrage universel, l’abolition de la peine de mort ». C’est sans doute pourquoi il y a renoncé.
-Avant la présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy déclarait : « Le débat sur le droit de vote aux seules municipales pour les étrangers présents depuis 10 ans sur le territoire national, respectant nos lois, payant leurs impôts et ayant des papiers, est une question qui doit être ouverte… En ce qui me concerne j’y suis favorable ». A présent, interrogé sur le sujet par Le Figaro Magazine, il dit : « Ma réponse est non, le droit de vote doit rester lié à la citoyenneté », avec des arguments aussi subtils que celui-ci : « Songeons comment évoluerait le débat municipal dans telle commune : faut-il des cantines hallal ? Faut-il des piscines réservées aux femmes ? »
-Rappelons enfin cette maxime mémorable de mars 2007, qui prend une saveur très particulière en février 2012 : « Je veux que les nominations soient irréprochables ».

Cette liste est longue –propre à lasser l’attention d’un lecteur pressé. Elle aurait pu être plus longue. Mais elle aurait pu aussi être tellement plus courte. Il n’y a pas de fatalité à ce que pouvoir signifie renoncement, abandon, ou trahison. Il n’y en a pas non plus à ce qu’une campagne électorale aille de pair avec manipulations et contrevérités. Le Président sortant doit accepter qu’il a un bilan, qu’il en est responsable, et que les citoyens sont en droit de comparer ce bilan aux promesses d’il y a cinq ans.

François Hollande, et c’est à son honneur, ne souhaite pas se laisser entraîner sur le terrain de l’insulte. Il oppose la dignité à l’outrage. Car il sait que les Français, en définitive, reconnaîtront où se trouvent non seulement l’exigence de justice, mais le souci de l’honnêteté intellectuelle- en un mot le sens de la vérité en politique.

Bertrand Delanoë

5 commentaires à “De la vérité en politique”

  1. bougeonsnous dit :

    Quelle impudence!
    Après avoir vilipendé durant des mois l’action du gouvernement, après avoir illustré ce que peut être l’anti-tout primaire, v’là t’y pas que les caciques du PS se mettent à dénoncer la violence supposée du candidat sortant…
    Consternant !
    Mr Delanoe, flanqué de sa petite adjointe derrière lui, collé par le Maire du 11ème , entourant F.Hollande sur le marché dominical!!!
    Ils ont oublié de distribuer leur programme…

  2. opak dit :

    La “vérité” et la gauche francaise ne font pas bon ménage .
    La vérité c est de dire aux francais ce qu ils n ont pas envie d entendre

    • Wildchild dit :

      Demandons donc aux ouvriers de Gandrange et Florange ce qu ils pensent du discours de vérité de sarkozy, et puis poussons le raisonnement jusqu’au bout demandons à monsieur sarkozy de dire la vérité sur l’affaire karachi et l’affaire Woerth Béttencourt histoire de rire un bon coup.

      Et est ce du courage et de la vérité de dire aux employés de la centrale de Fessenheim qu on ne fermera pas cette centrale, personnellement en dehors de l’aspect écologique de son démantèlement, quel responsable politique pourrait supporter moralement une catastrophe nucléaire sur le territoire français car il y a un risque non négligeable étant donné que cette centrale est la plus vieille de France et de plus située sur une zone sismique à risque (en gros un possible Fukishima bis). D’autant que les emplois serait préservé par le démantèlement de la centrale et par l’EPR qui sera demandeur de leur compétences.

  3. Ce papier est le type même de ceux qu’il faut avoir sur soi pour le porte à porte !
    bref, percutant et pédagogique !

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