LES ÉDITOS

Bertrand Delanoë : «Le président sortant choisit la tactique de la diversion et la logique du bouc émissaire»

12 mars 2012

Le Maire de Paris évoque la campagne et ses relations avec le gouvernement Fillon…

Bertrand Delanoë participe à la campagne de François Hollande en tant que membre du conseil politique. Dans son bureau de la mairie de Paris, il analyse pour 20 Minutes le climat politique.


20 Minutes : Comment jugez-vous l’ambiance de la campagne?

Bertrand Delanoë : Le président sortant choisit la tactique de la diversion et la logique du bouc émissaire. Il estime sans doute que le climat qu’il crée lui donne plus de chance. Mais face à lui, François Hollande est déjà dans la responsabilité et le rassemblement. Il reste le challenger, mais se comporte avec le tempérament d’un homme d’Etat. Et tandis que Nicolas Sarkozy parle surtout de lui, François Hollande parle aux Français.


Oui, mais dans le même temps, Hollande clive avec sa proposition de création d’une tranche à 75 %…

Il ne clive pas, il regarde la réalité. Est-il acceptable que la rémunération des dirigeants du CAC 40 ait progressé de 34 % quand, dans le même temps, les Français subissent l’augmentation du chômage et la stagnation de leur pouvoir d’achat.. Demander un effort aux plus favorisés, c’est juste. François Hollande a parlé de patriotisme, c’est en effet l’esprit. Et puis, la réforme fiscale ne se résume pas à cette proposition. Il s’agit plus globalement de remettre de la justice dans notre système. Pour les ménages, mais aussi pour les entreprises, en taxant différemment les bénéfices des petites, des moyennes et des grandes entreprises. Pendant ce temps-là, Nicolas Sarkozy « découvre » (c’est son mot) que les grands groupes bénéficient d’avantages fiscaux alors qu’il est président depuis cinq ans…


Les Qataris auraient-ils racheté le PSG avec cette fiscalité à 75% ?

Ne prenez pas a priori les sportifs, ni d’ailleurs les artistes ou les patrons, pour des gens qui ne savent pas qu’en France il y a 8 millions de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.


Parle-t-on assez du logement dans cette campagne?

On n’en parlera jamais assez, puisque c’est, avec l’emploi et le pouvoir d’achat, le premier sujet de préoccupation des Français.. François Hollande l’a placé au cœur de son projet. Il présente des propositions qui permettront enfin de changer de braquet : encadrer la hausse des loyers, multiplier par cinq les pénalités à l’encontre des communes qui refusent de construire du logement social. Et enfin, mettre gratuitement tous les terrains disponibles à la disposition des collectivités pour construire plus. Il y a deux ans, j’avais envoyé une liste de terrains au Premier ministre en lui demandant de les céder à la Ville pour pouvoir y construire plus de 6 000 logements d’ici à 2014. J’attends toujours.


Est-il difficile de travailler avec le gouvernement de François Fillon?

Je suis maire depuis onze ans. J’ai eu un an de gouvernement de gauche et dix ans de gouvernement de droite et ce n’est que depuis cinq ans que je suis confronté à des problèmes importants. De 2002 à 2007, nous n’avons pas toujours été d’accord, mais jamais l’Etat n’a manqué de respect aux élus de Paris. Avec le gouvernement de François Fillon et la présidence de Nicolas Sarkozy, il y a une volonté délibérée de prendre la capitale pour cible.


Est-ce parce que François Fillon lorgne la mairie?

Si c’est le cas, c’est une curieuse idée de la démocratie. S’il aspire à représenter les Parisiens, il lui faudra assumer devant eux les décisions particulièrement injustes qu’il a rendues à leur détriment. Il faudra par exemple qu’il nous dise pourquoi l’Allocation personnalisée d’autonomie est compensée pour tous les départements à hauteur de 28-30 %, alors qu’à Paris, elle ne l’est qu’à 7 %. Ou pourquoi, au lendemain de son investiture pour les législatives à Paris, il a bloqué l’aménagement des voies sur berges, qui figurait dans le projet choisi par les Parisiens aux dernières municipales.


Peut-on être maire de Paris et ministre?

Certainement pas. Vous soulevez là une question qui ne se pose pas.


Propos recueillis par Yvon Mezou et Matthieu Goar

Retrouver l’interview sur le site de 20 Minutes.

Publiez un commentaire

CréditsConditions d'utilisationsLiens