LES ÉDITOS

A la Bastille

25 juin 2010


A la Bastille, ce jeudi 24 juin, manifestation contre la réforme des retraites.


S’il fallait qualifier d’un mot le projet contre lequel nous nous mobilisons, je dirais simplement : inacceptable. En relevant l’âge légal de la cessation d’activité sans rien proposer de concret pour l’emploi des seniors (dont je rappelle qu’à peine plus d’un tiers ont aujourd’hui un travail), on condamne des millions de Français à des retraites très réduites. Car pour ceux qui, faute d’emploi, ne peuvent cotiser que sur la base de revenus faibles ou inexistants, tout allongement de la durée de cotisation se traduirait mécaniquement par une réduction du niveau de leurs retraites. L’inéluctable précarisation sociale, voilà ce qui se prépare. S’y ajoute une indifférence à l’égard de tous ceux qui ont commencé à travailler tôt, et un véritable cynisme qui consiste à ignorer la pénibilité de certaines tâches. Le résultat est prévisible : ce sera l’affaiblissement des plus faibles. Un rapport d’avril 2010 publié par un collectif d’associations (Secours catholique, Petits Frères des Pauvres, Secours Populaire, Armée du Salut, Fondation Abbé-Pierre) note « une augmentation significative de la présence de personnes âgées dans les lieux d’accueil, de demandes d’aide financière, médicale… », en ajoutant « les restes-à-vivre sont de plus en plus maigres ». La réforme envisagée par le gouvernement ne fera qu’amplifier ce scandale.


A l’injustice se mêle, de surcroît, une forme d’irresponsabilité. Le gouvernement puise sans vergogne dans le fonds de réserve que Lionel Jospin avait eu la sagesse de créer, et que ses successeurs n’ont jamais su alimenter. Aujourd’hui, cette cagnotte constituée par l’épargne des salariés est vidée hâtivement, et cela ne suffit même pas, loin s’en faut, à financer la réforme.
Devant tant d’amateurisme au service de l’iniquité, les salariés ont décidé de réagir. Le gouvernement escomptait sans doute qu’un peu de résignation, alliée à la torpeur estivale, ou à la coupe du monde de football, permettrait à cette régression baptisée réforme de passer sans coup férir… La rue parisienne, hier, disait bien autre chose : elle criait qu’il y a des limites à l’injustice, elle refusait la fatalité d’une société où l’argent va à l’argent, elle était déterminée à faire entendre une voix qui est celle du peuple. « Trop c’est trop », tel est le message qui était adressé au gouvernement, et il n’était inspiré ni par la lassitude ni par la résignation, mais par la volonté de combattre.


Rappelons le contexte : la moitié des ménages français ont un revenu inférieur à 3.000 euros. Et dans le même temps, le patron le mieux payé l’année dernière a gagné 18 millions d’euros, soit 1.200 années de SMIC. Au cours des sept dernières années, les 0,01% de Français les plus riches ont vu leur revenu augmenter dix fois plus vite que celui de 90% de la population.


La réforme des retraites qui vient appauvrir les plus pauvres s’inscrit dans ce climat-là. Elle vient alimenter l’exigence d’une société plus juste, où chacun donne selon ses moyens et reçoit selon ses besoins. C’est ce que nous avons dit, ensemble, à la Bastille.

4 commentaires à “A la Bastille”

  1. DUVERLY Hélène dit :

    Bien d’accord avec toi Bertrand contre ces injustices annoncées, j’étais évidemment dans la rue hier.
    L’un des éléments de division entre les salariés et inactifs, susceptible d’affaiblir nos combats me semble être la somme des articles, de source sérieuse, qui mettent en avant les heureux baby boomers quant au montant de leur retraite. Le montant annoncé de la moyenne des retraites actuelles comme supérieur à la moyenne des salaires est sans doute juste arithmétiquement mais l’on sait que les moyennes arithmétiques cachent de grandes disparités.
    Mon propos n’est pas de refuser de contribuer plus (je serai une de ces heureux retraités) mais de relativiser le poids de ces assertions et ne pas détourner l’attention des vraies injustices en matière de salaires et de retraites actuelles et futures.
    cordialement
    GP4S

  2. philippe dit :

    C’est sûr que c’est plus facile de manifester contre les retraites que d’agir concrètement contre les bandes de voyous à Paris aux Halles, dans le 18ème (de l’incapable Vailllant), dans le 19ème et dans le 20ème, ou encore de rendre les rues propres…

  3. ABDELLI dit :

    Mr le Maire
    j’ai retenu un certain nombre d’expression qui me parle: indifference/inacceptable/précarisation sociale/ injustice/déterminé à faire entendre une voix… La situation des éducateurs spécialisés de l’association de prévention spécialisée TVAS18/17Nord se résume par un licenciement collectif(14 salariés) en date du 31 mai 2010, suite à un déconventionnement par la DASES; Dans notre lutte,nous avons cherché à vous contacter. Résultat: votre élue Mme ELKHOMRY, ainsi que vous même étiez injoignables! alors donner des leçons de justice sociale à d’autre sans commencer par balayer devant sa porte…
    Un éducateur spécialisé qui fait entendre sa voix, trop c’est trop!!
    Lakhdar ABDELLI
    PS/ Une réponse??

  4. Catherine Braccio dit :

    Bonjour Monsieur Le Maire,

    Sénior licenciée il y a 6 mois, je fais la douloureuse expérience de l’incohérence du système…Psychologue du travail formée au CNAM, je vous propose de réfléchir avec vous aux moyens de fournir des réponses intelligentes à cette situation rocambolesque.

    Bien à vous,

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