“Paris dispose de la meilleure image en Europe occidentale”


Dans Les Echos, Jean-Pierre Caffet, Président du groupe socialiste, radical de gauche et apparentés au Conseil de Paris, répond aux critiques lancées par Pierre Lellouche.



Dans ces colonnes, Pierre Lellouche a cru pouvoir dresser un « constat sévère de dix ans de Delanoë », tout en reconnaissant « un changement en bien » dans quelques domaines : une meilleure convivialité dans la capitale, le tramway ou Velib’, l’instauration d’une réelle culture de dialogue et de démocratie. Il est vrai que, sur ce dernier aspect au moins, la rupture avec les pratiques antérieures a été totale : Paris n’a connu que deux maires avant Bertrand Delanoë. Les deux sont mis en examen.


Pour le reste, rien ne trouve grâce aux yeux de Pierre Lellouche. Ni le nombre d’agents de la capitale, ni la communication de la Ville et son supposé coût, ni la pression fiscale pesant sur les parisiens. Encore moins la politique de transports ou de développement économique de la capitale. Reprenons ces vieilles antiennes point par point.


S’agissant des effectifs, ils ont augmenté de 8 930 postes entre 2001 et 2008. A quoi ont-ils servi ? Pour 25% à la mise en œuvre de l’ARTT, pour 25% encore à l’ouverture de nouveaux équipements publics, pour 10% à des transferts de compétences par l’Etat. Les 40% restants ont été affectés à la transformation d’emplois précaires ou temporaires, héritage des mandatures précédentes, en emplois stables. Et depuis 2008, l’emploi de la collectivité parisienne est stable. C’est une politique des ressources humaines que nous revendiquons. Elle se situe aux antipodes de celle du gouvernement qui depuis 4 ans organise une véritable saignée dans les rangs de la fonction publique au risque de démanteler une grande partie des services publics du pays.


Quant aux dépenses de communication de la Ville, les chiffres parlent d’eux-mêmes : avant 2001, ils s’élevaient à 15 millions d’euros par an contre environ 11 millions d’euros aujourd’hui. Il est donc extravagant d’affirmer que ce sont les dépenses de communication de la Ville de Paris qui seraient responsables de l’augmentation des impôts locaux. Faut-il rappeler, en outre, que la pression fiscale locale à Paris est environ deux fois inférieure à celle de Bordeaux ou Marseille ?


Mêmes approximations dans le chiffrage du projet de rénovation des Halles. Sur les 802 millions d’euros que coûtera le projet global, près de 200 millions seront consacrés à la rénovation du réseau de transport avec des participations financières de la région et du STIF et Unibail, le gestionnaire du centre commercial, y contribuera à hauteur de 238 millions.


Mais le plus savoureux réside dans la leçon de modernité que prétend nous infliger Pierre Lellouche. A le lire, notre politique de déplacements serait idéologique et nous n’aurions aucune réflexion sur le développement économique de notre capitale. On ne sait s’il faut mettre ces contre vérités au compte du manque d’investissement de l’auteur dans nos débats du conseil de Paris ou à celui d’une vision totalement passéiste du développement des grandes capitales.


En matière de déplacements, Paris est en effet, depuis dix ans, à l’unisson de ce qui se pratique dans toutes les grandes métropoles occidentales : renforcement des transports en commun, réduction de la circulation automobile pour des raisons tenant à la fois à la qualité de vie et à des motifs sanitaires. Les résultats sont d’ailleurs au rendez vous : la création du tramway, l’augmentation de l’offre de bus ont, entre autres, permis la baisse de 20% de la circulation automobile et de près de 30% des polluants les plus dangereux.


Quant à la vitalité économique de la capitale, nous n’avons pas attendu Christian Blanc et sa remise au goût du jour de la vieille théorie des clusters pour accueillir les entreprises, soutenir la création d’emplois en misant sur la recherche l’université, l’innovation, les incubateurs et les pépinières. Si Pierre Lellouche lisait la presse économique, il saurait qu’en 2005 déjà, le cabinet international Cushmann et Wakefield classait Paris en tête des destinations pour les projets des entreprises à l’horizon 2010 et que ce succès ne s’est pas démenti puisque selon une étude du cabinet KPMG de juin 2010, Paris dispose de la meilleure image en Europe continentale.


Reste, à la fin de la lecture de la tribune de Pierre Lellouche, un accord avec son affirmation selon laquelle « il appartient aujourd’hui à la droite parisienne de proposer un projet ambitieux ». A condition sans doute de rompre avec une vision pompidolienne de l’avenir de notre capitale : celle des seuls sièges sociaux pour assurer l’emploi et du tout automobile. Bon courage !

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