Anne RAIGHET

Anne RAIGHET : Les quotas dans les grandes écoles


Voilà plusieurs jours qu’on fait de la « question » des quotas de boursiers dans les grandes écoles la controverse éducative du moment.

Il n’est pas à ignorer qu’un si faible taux de boursiers reçus aux concours d’entrée de certaines grandes écoles pose question. Au-delà de la réflexion, il faut agir…au bon endroit.

L’anathème jeté sans aucune nuance sur toutes les grandes écoles fait frémir. Aura-t-on remarqué que l’ENS Cachan totalise 30,1% de boursiers ? A-t-on été regarder comment et pourquoi ? Et pourtant, cela vaudrait les 3 minutes nécessaires pour constater que certaines épreuves, la culture générale par exemple, repositionnées après les épreuves écrites, au stade des épreuves orales, peuvent avoir un impact étonnant.

Il est vrai qu’il est toujours tellement plus facile de se contenter de prétendre traiter un symptôme que de se livrer à des analyses plus subtiles, plus dangereuses et plus déstabilisantes aussi.

A l’instar de Luc Ferry, force est de constater qu’à une vraie question, on donne une mauvaise réponse.

Les vrais problèmes se posent bien en amont :

Quid de la scolarité des enfants de 2 à 3 ans, si importante pour nombre d’enfants – et pas que des milieux dits difficiles -car elle permet un accès précoce à la vie en groupe avec d’autres, à la langue,… ? A Paris, les chiffres sont parlants : – 40% d’enfants entre la rentrée 2008 et la rentrée 2009. Combien d’enfants ? Un peu plus de 300 ! Record de France du plus faible taux !

Quid de la semaine de 4 jours et de son impact sur les chrono rythmes des petits écoliers ? Bien sûr, Antoine Prost dès le 29 mai 2008 dans le Monde, dénonçait un « Munich pédagogique » en posant LA question : « comment peut-on apprendre plus et mieux en travaillant moins ». Bien sûr, on a un rapport de l’Inspection Générale de l’Éducation Nationale de juillet 2009 qui relève sans ambiguïté aucune un accroissement objectif de la fatigue des enfants. Mais après quelques lignes dans quelques organes de presse, oubliée cette partie là du rapport.

Quid de l’abandon progressif de la carte scolaire pour les collèges ? Comme Marc Dupuis dans Le Monde, c’est avec consternation qu’on se rappelle du quasi silence entourant la sortie du rapport de la Cour des Comptes montrant les effets pervers (ghettoïsation) de cette mesure prise au nom d’une liberté de choix factice. Saura-t-on se rappeler que la loi du 13 août 2004 confie aux départements le soin de définir les secteurs des collèges en ayant l’obligation de préserver la mixité sociale ?

Quid de l’évaluation de la réforme du bac professionnel en trois ans ? Bien sûr que l’enseignement professionnel doit se moderniser, mais quel devenir pour ces élèves qui ont besoin de temps et pour lesquels le pallier BEP n’existe plus ?

Quid de la continuité entre les lycées et l’université ? L’échec que connaissent un nombre très important d’étudiants durant les deux premières années à l’université reste une préoccupation majeure. Les universités développent, souvent avec l’appui des collectivités locales, des actions de soutien (tutorat, rencontres périodiques avec des lycéens, valorisations des études scientifiques pour les filles). Mais, quel que soit leur volontarisme, peuvent-elles combler les déficits que des élèves peuvent cumuler pour tout ou partie depuis la maternelle ? Bien sûr que non.

S’il ne faut bien entendu pas exonérer les établissements d’enseignement supérieur de leurs responsabilités, il faut d’abord partir de l’analyse systémique et sans concession des différentes mesures à l’œuvre dans les 1er et sd degrés

Car au fond, la vraie question, la seule, à l’heure des introspections sur notre place dans la compétitivité mondiale et sur notre capacité à être innovant, c’est celle du projet éducatif que nous voulons pour nos enfants.

Anne RAIGHET

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