“Le miracle dans notre pays vient une fois de plus de la jeunesse”


Entretien avec Saïd Sadi, député d’Alger et président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD).


La “Révolution tunisienne” a apporté un vent d’espoir dans le monde arabe, à en croire les manifestations en Egypte. En quoi la situation algérienne est-elle comparable ? Et en quoi est-elle différente ?
Sur le fond, le problème est le même. Coups d’Etat, fraudes électorales et censure, corruption dévastatrices des familles régnantes, misère sociale et émeutes.
Pour autant, les déclinaisons de ces situations ne s’opèrent pas toujours de la même façon. Quoi que l’on puisse dire de Bourguiba et même de Ben Ali, et il y a beaucoup à dire, le mouvement national tunisien, d’essence citadine, a appréhendé très tôt les questions sociétales qui structurent en profondeur le civisme et donc une certaine forme de rationalité qui permet à la Tunisie aujourd’hui d’aborder sa transition de façon à peu près ordonnée. L’université tunisienne a pu garder une relative autonomie intellectuelle et le barreau de Tunis n’est pas celui d’Alger. A Tunis, à la faculté de médecine, le serment d’Hippocrate sanctionne toujours le cursus des praticiens. A Alger, il a été supprimé par Boumediene, de même que le code d’éthique et de déontologie et c’est lui qui distribuait les agrégations aux professeurs.
Pendant que l’UGTT (union générale des travailleurs tunisiens) assumait et accompagnait le mouvement citoyen en Tunisie, son homologue algérien, l’UGTA, relique tiers-mondiste du stalinisme, paie des casseurs pour infiltrer la marche du 22 janvier organisée par notre parti.
Il ne faut pas oublier que la Tunisie était un protectorat et que, malgré la rigidité du nassérisme, l’Egypte a une tradition parlementaire qui a marqué sa vie publique.
Pour sa part, l’Algérie a subi une colonisation de peuplement qui a déstructuré ses repères et valeurs, cette violence a été greffée par le pouvoir d’après guerre dans les institutions. Ce qui donne aujourd’hui une rupture tectonique entre le régime et la société. Si une ouverture sérieuse n’est pas engagée en faveur d’une transition démocratique, le changement s’opèrera dans une violence sanglante avec des risques d’implosion nationale sérieux. La conscience nationale est fragile et la tribalisation du pouvoir, poussée jusqu’à la caricature par Bouteflika, a réveillé des fractures souterraines latentes qui peuvent provoquer de vrais bouleversements géostratégiques. Pour l’instant, le pouvoir algérien, par peur, par usure ou à cause des divergences qui le minent, adopte la pire des attitudes : l’autisme.


Quels sont les enjeux majeurs pour l’Algérie aujourd’hui et quels sont les espaces de progrès démocratique qui peuvent s’ouvrir à elle ?
L’Algérie ne vit pas une crise politique. Elle est dans une impasse historique. Il ne s’agit pas de relifter un gouvernement mais de sortir d’un système qui a dévasté le potentiel économique, discrédité l’Etat et humilié la nation. Le vrai défi est de sortir par le haut d’un marasme généralisé avec un pouvoir enkysté d’autant plus dangereux qu’il est paniqué. Le 22 janvier, il a appelé en renfort 19 000 policiers anti émeute, bloqué tous les trains et les bus devant arriver sur la capitale. Il a cerné toutes cités universitaires pendant 24 heures. En chargeant notre siège où attendaient les 500 membres du service d’ordre, il a fait preuve d’un aveuglement qui a conduit à un assaut au cours duquel plus de quarante personnes ont été blessées, dont le président du groupe parlementaire.
Cette fébrilité dévoile l’état d’esprit et les intentions d’un pouvoir aux abois. Les espaces d’expression n’existent pas. Je suis député d’Alger et responsable d’un parti politique légal. Cela fait plus de 8 ans que, mise à part les fenêtres de campagnes électorales plus ou moins tolérées, je n’ai pas pu dire un mot à la télévision ou la radio de mon pays. Il faut avoir à l’esprit qu’il n’y a, en Algérie, que des radios et des télévisions d’Etat. Pour l’instant, l’Algérien se réfugie dans l’exil, (il y a plus de 13 000 praticiens algériens dans la seule région parisienne et plus de 43 000 universitaires au Québec), la toile ou la rue.
Le miracle dans notre pays vient une fois de plus de la jeunesse. Conditionnée par un système éducatif doctrinaire, archaïque et sectaire, elle est aujourd’hui déconnectée de l’islamisme et s’avère être l’adversaire le plus résolu du pouvoir. Nous, classe politique et société civile, devons absolument garder l’initiative pour négocier au mieux cette fin de règne.


Qu’attendez-vous de la France ?
Quand je vois que les élites françaises continuent aujourd’hui encore à ne cibler que la corruption des familles Benali Trabesli, ce qui est très bien, et botter en touche toute question concernant la prédation de la famille Bouteflika, on est bien obligé de saisir que la conscience intellectuelle et politique française n’est pas prête à parler de façon adulte sur l’Algérie. Lorsque le peuple algérien aura repris son destin entre ses mains, que ses dirigeants ne seront pas tenus de brader la souveraineté politique et économique du pays pour faire oublier leurs turpitudes ou être tolérés en occident, nous pourrons apprendre à communiquer en tant que partenaires. A ce moment là, on sera bien obligé de comprendre que l’Algérie, pivot nord-africain qui ne saurait être réductible à une « pipe line » pourra faire savoir qu’elle a d’autres vocations que celles de servir de sas à l’émigration clandestine ou de sous-traitante des intérêts sécuritaires du nord. Cela dit je n’oublie pas que des Français se sont tenus au côté des Algériens dans des situations de profonde détresse.

3 commentaires à ““Le miracle dans notre pays vient une fois de plus de la jeunesse””

  1. Hermès dit :

    Bonjour,

    http://www.youtube.com/watch?v=zTlF1bF2m-4

    Sur la musique de la chanson : Rêverie d’Hervé Villard
    Florentino :Tunisie !

    Ce ne fut qu’un court instant de crise
    Qui finit bien
    De beaux jours, une belle surprise
    Au parfum de Jasmin
    Il doit faire plus beau dans la vie de ceux qui ont osé
    Et qui sans secours ont réalisé leur rêve de liberté

    Tunisie !
    Les peuples opprimés ont un héros : Mohamed Bouazizi
    Et dans les pays où le peuple subit vôtre sort
    Vôtre révolution, je crois, fait envie

    Tunisie !
    L’Occident suit avec passion ton renouveau
    L’Europe saura j’espère t’aider s’il le faut
    Dans tes entreprises et tes efforts

    Ton histoire retiendra le rapide départ de Ben Ali
    Et ton peuple gardera mémoire de Mohamed Bouazizi
    Tu as démontré que quand le peuple se lève et l’a décidé
    Quand les gens savent ce qu’ils veulent rien n’entrave leur volonté

    Tunisie !
    Tu as sonné la marche de l’Orient vers la démocratie
    Et même s’il te reste beaucoup à faire encore
    Tu es déjà un exemple pour d’autres pays

    Tunisie !
    L’Occident suit avec passion ton renouveau
    L’Europe saura j’espère t’aider s’il le faut
    Dans tes entreprises et tes efforts

    Tunisie !
    Les peuples en quête de liberté vont suivre tes pas
    Chacun d’eux, tour à tour, de quelque manière se libèrera
    Et l’avenir ils vont le prendre à bras le corps

    11/02/11

  2. Karim dit :

    Ce Said Sadi est un géant en politique et je pense que les Algériens ne le méritent pas! ça aurait été mieux qu’il soit né en Tunisie où le peuple est beaucoup plus instruit et éduqué qu’en Algérie!

    Karim (Algérien d’origine)

  3. Jacargent dit :

    C’est vrai il ya eu beaucoup de français qui ont, avec des réactions diverses, compris l’aspiration à la liberté des algériens.M Delanoe vient avec le parti communiste et la CGT de rendre hommage aux morts de Charonne ils étaient de ceux là!Je n’était pas à Charonne mais j’avais “fait” les manifestations précédentes au printemps 1961 et en octobre,j’avais aussi malgrè la censure compris qu’il s’était passé quelques chose de très grave en octobre aussi, lors de la manifestation du FLN à Paris.
    Je pense que pour l’honneur de la France comme pour l’amitié avec le peuple algérien il ne faut rien oublier.

Publiez un commentaire

CréditsConditions d'utilisationsLiens