“Il faut créer une police sur les marchés obligataires”


Interview de Daniel Cohen, économiste et conseiller de Martine Aubry, par Donald Hebert, réalisée le 14 septembre 2011 – Le Nouvel Observateur. Disponible également sur le site du Nouvel Observateur


Martine Aubry, candidate à la primaire socialiste pour l’élection présidentielle, a proposé mardi 13 septembre, la transformation du Fonds européen de stabilité financière (FESF) en banque publique européenne. Explications de son conseiller, l’économiste Daniel Cohen.


Pourquoi créer une banque publique européenne ?
- Le constat est simple : la crise est en train de contaminer le cœur du réacteur européen, à savoir l’Italie. Tant qu’on avait affaire aux dettes des pays périphériques comme la Grèce, les 440 milliards d’euros mis à disposition par le Fonds européen de stabilité financière (FESF) suffisaient. La moitié a d’ailleurs été engagée.

Mais aujourd’hui les Italiens, dont la dette souveraine s’élève à près de 2000 milliards d’euros, empruntent à un taux trois fois supérieurs aux taux allemands. La proposition serait de multiplier les moyens disponibles.


C’est d’ailleurs ce que tout le monde essaie de faire aujourd’hui…
- Aujourd’hui, la seule institution capable d’intervenir est la BCE. Mais on voit bien, pour des raisons de gouvernance liée à l’opposition des Allemands au sein de la BCE, que c’est compliqué. Il faut donc créer une sorte de BCE qui ait un capital conséquent, comme la Banque européenne d’investissement (BEI).


Quelles seraient les missions de cette banque ?
- Elle interviendrait sur le marché de la dette, en rachetant les obligations souveraines des pays en difficulté de façon à casser les bulles spéculatives. Comme une sorte de police des marchés obligataires.


Comment imaginez-vous sa gouvernance ?
- Il est un peu tôt pour entrer dans les détails, mais il est tout à fait envisageable qu’elle ait un conseil d’administration qui opère de manière concertée et en toute transparence, ce qui n’est pas le cas de la BCE. Cela permettrait de rendre à la BCE son rôle de gardien de l’inflation.


Comment envisagez-vous son financement ?
- Cette banque devrait pouvoir intervenir à hauteur de 2 000 milliards d’euros. Elle aurait donc besoin de 200 milliards d’euros de fonds propres. On pourrait les financer à travers une taxe sur les transactions financières, qui rapporteraient au moins 100 milliards d’euros par an.


Est-ce que cette institution pourrait aider les banques ?
- Oui. C’est d’ailleurs ce qui est prévu par le FESF. Mais il faudrait en contrepartie qu’elle entre au capital de ces banques.


Cette banque peut-elle être créée rapidement ?
- Oui. Il suffit de partir du FESF et d’en modifier la structure.

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