Berges de Seine : Paris ne se fera pas sans les Parisiens

Par Anne Hidalgo, Première Adjointe au Maire de Paris. Tribune publiée sur le site du Nouvel Observateur


Un “diktat du gouvernement” ? Le projet de piétonisation des berges de Seine a été retardé à 2013 pour sa partie sur la rive gauche, notamment à cause de François Fillon. Anne Hidalgo, première adjointe au Maire de Paris Bertrand Delanoë, rappelle que l’évolution de la ville ne se fera pas sans concertation.

Paris n’a jamais progressé qu’en s’inventant, en se créant, en se redéfinissant ; bref en changeant. Paris est mouvement. Or il n’y a pas de mouvement sans nouveauté, et pas de nouveauté qui n’étonne et qui parfois ne choque.

Voilà pourquoi la capitale ne s’est transformée qu’avec une forme d’audace qui a engendré des protestations et des grandes controverses. Respecter le passé et affronter l’avenir, ça c’est Paris. La Tour Eiffel était “un amas de ferrailles, aussi inutile que laid” avant de devenir la plus belle expression du génie français. Le Centre Pompidou, la Pyramide du Louvre, la Bibliothèque François Mitterrand, le tramway, ont suscité des oppositions farouches alors qu’ils font aujourd’hui partie de notre identité et de nos paysages urbains.

La ville se transforme en écoutant les oppositions et en conciliant, après les avoir entendus, les intérêts divergents d’univers croisés : le monde de la nuit et celui du jour, le monde des jeunes et celui des aînés, le monde des habitants et celui des travailleurs.

Respect, égalité, convivialité

En un mot, la ville est rencontre. C’est cela même la magie de Paris, et le défi quotidien que nous nous lançons : réunir des centaines de milliers de femmes et d’hommes de toutes origines, de toutes cultures, de toutes conditions sociales et, dessiner avec cette multiplicité d’expériences singulières une identité commune. Telle est l’alternative décisive pour notre capitale : rechercher l’impossible uniformité, ou construire le présent et l’avenir autour de valeurs partagées de respect, d’égalité et de convivialité.

Au centre du projet, la qualité de vie, qui se décline en trois idées :
Harmonie urbaine, d’abord. En 2001, Bertrand Delanoë avait trouvé deux Paris, l’Est délaissé et l’Ouest favorisé. En dix ans, nous avons recréé le sens de l’équilibre territorial, cet autre nom de la justice sociale. Des quartiers comme les portes des Lilas, Pouchet et de Vanves, Paris Rive Gauche, la Goutte d’Or, sont métamorphosés ; d’autres sont créés à Clichy-Batignolles ou Paris Nord-Est entre les portes de la Chapelle et de la Villette. 1030 immeubles insalubres sont rénovés. Paris s’invente, partout, plus écologique et plus durable, respectueuse de son environnement, de son patrimoine et donc de son futur.
Mixité sociale, ensuite. Le logement social demeure l’outil le plus immédiat, le plus efficace et le plus adapté pour faire vivre la mixité, dans des quartiers vivants de leurs commerces, bureaux, écoles, crèches et bibliothèque.
Liens entre les générations, enfin. Une ville où tous les âges de la vie se mêlent, et où la convivialité et la solidarité investissent les immeubles, les rues, les jardins partagés et les musées.
Comment faire ? Eh bien : aucune politique ne réalisera cette belle composition de Paris si elle n’est pas conduite en concertation étroite avec les Parisiens. Le sens de toute initiative prend sa racine dans la façon même dont cette initiative est conçue. “La forme, disait Victor Hugo, c’est le fond qui affleure”. Et pour que le fond soit généreux et ambitieux, il faut une forme dans laquelle chacun puisse se reconnaître et trouver sa place. La politique peut être stérile quand elle est monologue ; elle peut être féconde quand elle est dialogue.

Penser la métropole nécessite donc de travailler avec tous ceux qui la font vivre et qui l’imaginent : habitants, associations solidaires, urbanistes, architectes, historiens, géographes, économistes, sociologues, artistes… Je pense que la politique est faite d’importantes et longues phases d’études qui doivent alimenter l’échange avec les Parisiens. Dès la définition des projets, nous menons avec eux des débats sur la mixité des populations, la place de la nature et de la biodiversité, les modes de garde des enfants, les commerces, ou l’aménagement des espaces publics, ces espaces dans lesquels on circule, déjeune en terrasse, joue avec ses enfants, travaille sur son ordinateur portable grâce au wifi.

Deux manières de concevoir la ville

Depuis 2008, plus de 400 rencontres et réunions avec les associations et les citoyens ont été organisées par la municipalité. A Bercy-Charenton, les habitants, associations, commerces, salariés ont été associés très en amont. Les petits Parisiens participent aux jurys de sélection des écoles et à la réflexion sur la transformation de notre ville. Dans tous les grands projets, une maison du projet informe les citoyens. A Clichy-Batignolles, des groupes de travail suivent mois après mois l’avancée des travaux avec les architectes.

Quant au projet des Berges de Seine, il a fait l’objet de vingt-deux réunions de concertation associant des centaines d’habitants de Paris et de la métropole, des acteurs associatifs, des conseillers de quartiers, des commerçants… C’est un projet conçu de façon collective par les Parisiens que le Premier ministre tente d’interrompre et de bloquer de façon arbitraire et solitaire.
Au-delà de l’actualité qui illustre bien deux manières de concevoir la ville, la question posée est celle de la modernité de l’action publique : à la politique brutale des mises en demeures et des arrêtés, nous préférons celle de la concertation et de la participation des citoyens et une forme de délicatesse dans le traitement de cet organisme vivant qu’est la ville. Bien sûr, la décision reste un acte politique qui ne peut satisfaire l’ensemble des protagonistes et que l’autorité publique doit assumer, mais le dialogue riche et ouvert que nous menons depuis plus de dix ans avec les Parisiens, nous donne les moyens et l’énergie de fabriquer une autre ville. Telle est notre conviction, je la livre simplement et sincèrement : Paris ne se fera pas sans les Parisiens.

Un commentaire à “Berges de Seine : Paris ne se fera pas sans les Parisiens”

  1. “Si plus rien ne vous sourit, appelez GYNEPSY ! ”

    GYNEPSY est une association loi 1901 (à but non lucratif), à Paris, qui accueille, écoute et oriente toute femme en souffrance psychique.

    Depuis dix ans, GYNEPSY sauve des vies de femmes.

    http://www.gynepsy.sitew.com

    Gardez les coordonnées de son site près de vous, elles peuvent vous être utiles un jour pour vous-même ou pour une autre femme de votre entourage.

    Cordialement.

    Jean-Michel LOUKA
    président de Gynépsy

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