ACTUS

Réaction au vote de la loi Grand Paris

1 décembre 2009

L’Assemblée Nationale vient d’adopter en première lecture, le texte de loi sur le « Grand Paris ».


Comme j’ai déjà eu l’occasion de le souligner, ce projet de loi médiocre et inadapté est à l’opposé de l’état d’esprit et du contenu indiqué par le chef de l’Etat lors de son discours du 29 avril dernier : il ignore les travaux des dix équipes d’architectes qui ont travaillé pendant un an sur la métropole de l’après Kyoto, il ne propose aucune approche globale du développement territorial, il ne s’attaque pas aux disparités et inégalités territoriales qui entravent le développement économique de la métropole, il ne répond pas aux urgences quotidiennes des Franciliens en matière de transports.


Le véritable dessein du gouvernement, à travers cette loi, est manifestement de « reprendre la main » sur la métropole francilienne, sans aucun engagement financier de l’Etat et en assumant la régression que constitue la remise en cause des acquis historiques de la décentralisation.
Plusieurs élus, de droite comme de gauche, des associations, comme celle des usagers des transports franciliens, les acteurs du monde économique, y compris le MEDEF, les architectes eux-mêmes, ainsi que des économistes, ont d’ailleurs alerté le gouvernement sur le décalage évident entre ce texte et l’objet qu’il aurait dû viser, celui du développement ambitieux, solidaire et durable de la première métropole française.


Pour ma part et en totale convergence avec Jean-Paul Huchon, j’ai toujours souhaité un partenariat moderne, efficace et loyal avec l’Etat, afin de relever les défis de notre région, en particulier celui des transports pour lequel les retards se sont accumulés depuis 35 ans.
C’est la même attitude constructive qui a guidé les députés de l’opposition lors du débat parlementaire. Ainsi, de nombreux amendements ont été proposés, la plupart issus du rapport de la Commission Carrez sur le financement des transports franciliens. Tous visaient à rendre plus performante la gestion des transports en Île-de-France et à dépasser une conception de l’intervention publique héritée d’un autre temps : celle du passage en force de l’Etat, quand il nie le rôle et les compétences des maires. J’observe que très peu d’amendements ont été retenus. Les députés ont cependant réussi à imposer une meilleure consultation des Franciliens sur ce projet de transport. Au-delà, le gouvernement est demeuré sourd aux demandes des élus locaux franciliens, comme aux arguments des acteurs économiques et des usagers des transports. Le double langage et le jeu de dupes sont ainsi avérés. Nous en prenons acte.


Désormais, c’est devant les citoyens que se tiendra ce débat. En effet, en accélérant le calendrier législatif sur ce dossier, en choisissant de l’inscrire dans une procédure d’urgence, le gouvernement l’a placé de fait au cœur de la campagne pour les élections régionales.
Ainsi, les Franciliens vont se saisir du fond : l’enjeu métropolitain (quelle métropole pour l’Île-de-France et comment la construire ?) sera au coeur des projets politiques des prochaines élections et les Franciliens pourront évaluer la pertinence et la crédibilité de ce « Grand Paris » qui se limite, en fait, à des mesures d’exception d’inspiration technocratique.


L’attitude de l’Etat dans la conduite de ce dossier place les électeurs devant un choix qu’ils auront à trancher démocratiquement : soutiendront-ils un « Grand Huit » coûteux et programmé au mieux pour 2025 ou souhaiteront-ils le financement rapide de la rénovation des RER et de la ligne 13, de la rocade de petite couronne, ainsi que du prolongement de la ligne 14… ? Adhèreront-ils à un développement disparate de quelques pôles ou défendront-ils un développement équilibré et cohérent de tout le territoire métropolitain ?


A ces questions, le suffrage universel devra répondre souverainement au printemps prochain : j’invite les citoyens à exprimer un message clair que le gouvernement ne pourra ignorer, après avoir malheureusement méprisé celui des élus locaux.


Pour notre part, avec plus de 100 collectivités de droite comme de gauche, nous poursuivons la construction de la métropole au sein de Paris Métropole, dans un dialogue ouvert avec toutes les forces vives de notre territoire et en lien étroit avec les dix équipes d’architectes.

3 commentaires à “Réaction au vote de la loi Grand Paris”

  1. André Guidi dit :

    Monsieur le Maire de Paris,

    votre exposé ne fait que renforcer mon inquiétude vis à vis d’un projet au départ fort séduisant puisqu’il s’inscrivait dans l’après-Kyoto mais qui a connu une dérive technocratique dès la nomination du secrétaire d’état Christian Blanc, un haut fonctionnaire ayant certes fait ses preuves en matière de transports mais superbement isolé en sa tour d’ivoire et de contrôle d’ex-patron d’ Air-France, alors qu’il aurait fallu prendre des décisions collégiales en privilégiant une approche systémique et créative.

    J’en serais désolé si avec Paris Métropole vous ne présentiez un projet alternatif qui avec l’équipe des dix architectes retenus initialement et les 100 villes consultées dessinera la métropole de l’après-Copenhague, renforcera les solidarités urbaines en fiabilisant le réseau actuel de transport tout en embellissant les quartiers, les immeubles, les jardins et en rendant possible une vie artistique et culturelle dense et équitablement répartie dans un cadre où nature rime avec ville, dans le respect des normes environnementales et de la qualité de vie à laquelle aspire chaque Francilien qu’il soit du 92 comme du 93.

    Veuillez agréer, Monsieur le Maire de Paris, l’expression de mes salutations dévouées et ma reconnaissance pour votre engagement aux côtés de Jean-Paul Huchon, un Rocardien comme Christian Blanc mais qui a su garder intact son sens des solidarités et des réalités du terrain francilien sans lequel il ne peut être posé de fondations d’un Paris aussi Grand soit-il.

    André Guidi

  2. Hagège dit :

    Bonjour,
    D’accord, il y a les élections régionales, mais en attendant pourquoi ne pas lancer une pétition, juste pour faire siffler les oreilles des droites et lézarder l’édifice…
    Très cordialement
    Alain

  3. thomas dit :

    Mon commentaire n’a qu’indirectement avoir ce projet, mais cela concerne les transports pour arriver à Paris depuis la province et plus particulièrement le train. Dans une réflexion sur le transports, il est urgent d’en prendre note.

    En effet, je venais régulièrement passer quelques jours à Paris. Depuis la mise en place du TGV Est, les tarifs sont inabordables et le site SNCF tellement Kafkaien que je ne viens plus à Paris. Aller à Prague, par exemple, me revient nettement moins cher que me rendre à Paris qui n’est quand même pas le bout du monde.
    Je pense que je suis très loin d’être le seul à être ainsi “privé” de séjours parisiens.
    S’il faut repenser les transports, une des priorité est aussi de permettre à la province d’utiliser le train dans des conditions normales. Sans cela c’est du tourisme que vous perdez au profit d’autres capitales européennes plus accessibles.

    Cordialement.

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