ACTUS

Intervention de Bertrand Delanoë sur l’AP-HP

10 mai 2010



Conseil de Paris, séance du 10 mai 2010



Mes chers collègues,



L’Assistance publique-hôpitaux de Paris affronte de graves difficultés. A travers elle, c’est l’un de nos biens communs les plus précieux qui est menacé.


Je tiens d’abord à souligner que cette séance a été préparée collectivement, par un groupe de travail réunissant toutes les sensibilités politiques de notre assemblée. Ainsi, des représentants des patients, des personnels, des médecins, et de la direction de l’AP-HP, ont pu être longuement entendus. Et c’est en nous appuyant sur leurs témoignages, et sur l’ensemble de leurs réflexions, que nous abordons ce matin ce débat important. Car nous devons être à la hauteur d’une situation grave.


Oui, l’hôpital public de la métropole parisienne est aujourd’hui, et je pèse ce mot, agressé. De deux façons


D’abord, le gouvernement annonce la suppression de 4 000 postes dans les quatre ans qui viennent. Déjà, en 2009, 700 emplois avaient été supprimés, et la majorité des élus parisiens présents au conseil d’administration avaient du reste voté contre ce projet arbitraire. Ces décisions unilatérales heurtent non seulement la dignité des personnels et des médecins, mais aussi l’intérêt des patients. Comme si l’offre de soins dans notre agglomération était excédentaire. Comme s’il y avait trop de monde pour soigner les malades, pour les accueillir, pour les accompagner…. 900 médecins de l’AP-HP ont d’ailleurs annoncé leur décision de démissionner de leurs fonctions administratives si ce plan de suppressions d’emplois n’était pas réexaminé. Nous soutenons leur démarche courageuse, et nous souhaitons qu’elle soit entendue.


Mais une seconde menace pèse sur l’AP-HP, celle d’une réorganisation à marche forcée qui ne tient pas compte de l’expertise des principaux concernés. De fait, la réforme annoncée aurait quatre conséquences principales. Une réduction importante de l’offre d’IVG ; une moindre prise en charge des patients atteints du sida ; la fermeture de certaines maternités ; et enfin le démantèlement de ce centre de soins si important, et si performant, qu’est l’hôpital Trousseau, dans le 12ème arrondissement.


L’enjeu, c’est donc bien de sauver l’hôpital public de Paris et de son agglomération. En d’autres termes de lui permettre de garantir et de développer ce qui le rend irremplaçable. L’AP-HP, c’est le plus grand groupe hospitalier de France. C’est une institution de proximité, qui remplit évidemment une fonction sociale, allant, dans certains quartiers, jusqu’à se substituer à une médecine de ville défaillante. Mais c’est aussi un lieu d’excellence, l’un des centres mondiaux de la recherche et de l’enseignement de la médecine.


C’est cette somme de talents, de compétences et de générosité que nous voulons non seulement préserver, mais moderniser. Et c’est dans cet esprit que je fais ce matin trois propositions.


Premièrement, j’y insiste, il est urgent de renoncer aux projets de suppressions d’emplois. Faire disparaître des milliers de postes dans les quatre ans qui viennent, ce serait, à coup sûr, priver l’AP-HP des moyens d’assurer convenablement ses missions.


Deuxièmement, nous demandons qu’aucune atteinte ne soit portée à l’unité de l’AP-HP. Son éclatement en plusieurs entités la ferait entrer dans une logique de morcellement et de concurrence interne contraire aux principes mêmes du service public.


Troisièmement, l’AP-HP a besoin d’un investissement public massif et soutenu. Le gouvernement veut nous imposer une vision étroite, qui consiste à priver l’AP-HP de ses marges de manœuvre. Nous lui répondons que la logique uniquement comptable n’est pas un horizon digne de l’hôpital. Il n’y a rien au-dessus de la santé ; c’est une question de choix dont nous attendons qu’ils soient faits, et de priorités dont nous souhaitons qu’elles soient assumées.


En réalité, nous ne défendons en aucune façon le statu quo. L’AP-HP doit évoluer, c’est une évidence. Elle a besoin de rénovations importantes, en particulier immobilières. Nous souhaitons en débattre sereinement, et aboutir à des évolutions profondes, par exemple en rapprochant certaines structures. Mais on ne réformera pas l’hôpital contre les patients, contre les personnels, contre les médecins. Paris se tient à leurs côtés, notamment en aidant au logement des personnels soignants. Nous travaillons d’ailleurs à amplifier cette offre de logements, avec des projets comme celui de Sainte-Perrine, qui aboutira avant la fin de ce mandat.


Mes chers collègues, Paris est mobilisé pour que l’AP-HP sache s’adapter à ce siècle sans rien perdre de son originalité, de sa fonction sociale, ni de son excellence scientifique. C’est une tâche exigeante, et je remercie Jean-Marie Le Guen de s’y atteler avec intelligence et énergie. Et je redis notre détermination à mener ce combat pour la qualité du service public de la santé.

Publiez un commentaire

CréditsConditions d'utilisationsLiens