ACTUS

Centres de consommation pour usagers de drogues

19 octobre 2010



Intervention du maire sur les centres de consommation à moindres risques pour usagers de drogues



Conseil de Paris, séance du mardi 19 octobre 2010



Mes chers collègues,



Nous abordons maintenant l’examen d’un vœu de l’exécutif relatif aux centres de consommation à moindres risques pour les usagers de drogues. Je souhaite vous exposer brièvement les raisons qui nous conduisent aujourd’hui à prendre cette initiative.


Pour les élus parisiens, ce n’est pas une préoccupation récente puisque lors du conseil du mois de juin 2009, nous avions adopté un vœu demandant une expérimentation de centres de consommation contrôlée. Et notre débat d’aujourd’hui vient conclure une réflexion minutieuse, menée sous l’impulsion de Jean-Marie Le Guen, dans le cadre d’une convention avec l’association « Elus, santé publique et territoires ». Des représentants de tous les groupes de notre assemblée ont été associés à ces travaux, dont une synthèse vous a été adressée.


Mais évitons d’abord tout malentendu : la drogue est un drame, une tragédie humaine, sanitaire, sociale. Elle est aussi la cause directe d’un très grand nombre d’actes de délinquance. Ce fléau, nous n’avons pas à l’accompagner, mais à le combattre et à le réduire, par tous les moyens.


Mais de tels principes n’ont de sens que s’ils s’inscrivent dans la réalité. Et la réalité, c’est l’ampleur de plus en plus considérable de la consommation de drogue à ciel ouvert dans Paris. L’an dernier, plus de 10 000 personnes ont été prises en charge, dans la capitale, par les dispositifs médicosociaux spécialisés. Et je ne parle pas, évidemment, de ceux qui ont échappé à toute prise en charge et que nous ne pouvons dénombrer.


Depuis neuf ans, bien entendu, la Ville agit. Nous avons créé une mission de prévention des toxicomanies. Nous avons lancé, en partenariat avec l’Etat, un plan de réduction des risques. Nous avons également ouvert des centres de soins, aux Halles, dans le 11ème, dans le 18ème. La médiation avec les riverains a, elle aussi, été privilégiée.


Mais soyons clairs : pour efficaces qu’elles soient, ces actions ne suffisent pas à traiter, dans tous ses aspects, un phénomène d’une telle ampleur. Il faut innover, adopter de nouvelles méthodes.


C’est ce que nous vous proposons aujourd’hui, en relayant une demande constante du monde associatif : l’ouverture, à titre expérimental, et dans le cadre d’une collaboration avec l’Etat, d’au moins un centre de consommation à moindres risques à Paris.


De quoi s’agit-il ? De lieux où les usagers de drogues peuvent consommer des produits qu’ils apportent, sous la surveillance de personnel qualifié. Ce n’est pas une expérience inédite : 80 centres de ce type existent, notamment en Allemagne, en Espagne, aux Pays-Bas, au Canada. Et partout ils ont fait leurs preuves, au moins à trois titres. Premièrement, ils permettent de réduire considérablement certains risques sanitaires et notamment les overdoses. Deuxièmement, ils offrent un contact médical, social, psychologique, à une population très fragile et précarisée- car l’objectif doit aussi être d’accompagner vers les soins, et d’inviter les toxicomanes à sortir de la spirale de la dépendance et de l’addiction. Et troisièmement, ces centres sont un atout pour la sécurité publique et pour la tranquillité des habitants de la ville. Car les exemples étrangers montrent que plus la consommation de drogue est encadrée, moins elle est nuisible à l’ordre public.


Prenant acte de ces expériences concluantes, de nombreuses personnalités ont pris position en faveur de l’ouverture de telles structures. Je pense notamment à Françoise Barré-Sinoussi, co-découvreur du virus de sida et prix Nobel de médecine. La ministre de la santé elle-même, Roselyne Bachelot, a annoncé son intention d’établir un cahier des charges pour la mise en place de ce type de dispositif. Et bien que le Premier ministre l’ait vivement contredite, elle a été entendue par les présidents des deux Assemblées parlementaires, qui ont créé une mission consacrée à ce sujet.


C’est dans cet esprit que s’inscrit la Ville de Paris : celui de la recherche des moyens les plus efficaces pour accompagner les personnes vulnérables, limiter les dangers sanitaires et garantir la tranquillité publique.


L’ouverture d’une salle de consommation à moindres risques n’a pas d’autre objectif que celui que son nom indique : réduire, pour tous, les risques de tous ordres. Car ce n’est pas en niant les problèmes, en refusant de les voir, en les reléguant à la lisière de nos regards et de notre espace, que nous les résoudrons. C’est au contraire en les considérant tels qu’ils sont, en les encadrant, et en les affrontant. C’est le sens du vœu que je vous propose, au nom de l’exécutif municipal.

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